Extraordinary Visitor : Dans le mille
Cinéma

Extraordinary Visitor : Dans le mille

A la veille de l’an 2000, Dieu décide qu’il est grand temps d’en finir avec la race humaine. La Sainte Vierge lui arrache toutefois un sursis, le temps d’envoyer un dernier émissaire sur Terre. Jean le Baptiste (Raoul Bhaneja) part donc pour Terre-Neuve (!), à quelques jours de l’Apocalypse, et est recueilli par un couple excentrique formé par Mariette (Mary Walsh), une animatrice de talk-show obsédée par la fin du millénaire, et Rick (Andy Jones), un brocanteur qui travaille sur un système pour faire crouler la Bourse de Wall Street. Mais Jean le Baptiste – qui passe tour à tour pour un vrai puis un faux prophète – devra faire vite, car il n’a qu’une semaine pour convaincre Dieu de reporter l’Apocalypse…

Telle est la prémisse originale, saugrenue et assez marrante d’Extraordinary Visitor, une comédie terre-neuvienne de John Doyle qui se moque gentiment de tout ce qui a trait à la fin du millénaire, à la religion organisée et à notre époque: du pape aux prédictions de Nostradamus, en passant par les quotas de pêche à Terre-Neuve!

Cette comédie atypique, gentiment tordue, et à petit budget, n’est toutefois malheureusement pas une fable du calibre de Jésus de Montréal ou de Being There (même s’il lui arrive parfois d’évoquer ces deux films par son portrait d’un personnage aux airs de Messie). En fait, il s’agit plutôt d’une farce bon enfant, rarement à la hauteur de ses ambitions, malgré une idée de départ assez prometteuse et quelques bons moments.

Inspiré par un court métrage homonyme, et mettant en vedette plusieurs stars de séries humoristiques canadiennes-anglaises (dont This Hour Has 22 Minutes et CODCO), Extraordinary Visitor est en fait un film qui a les qualités et les défauts d’une revue comique pour la télévision: une abondance d’idées et de gags, jetés en vrac et souvent mal développés; un sens de la formule et de l’image-choc, qui s’exerce parfois au mépris de toute cohérence; une volonté de multiplier les cibles et les sujets, qui fait que le film a parfois tendance à se perdre; des personnages drôles mais unidimensionnels, qui transcendent rarement le niveau du sketch; et un rythme et une imagination qui s’essoufflent malheureusement au fur et à mesure que le film avance.

Ajoutez un humour qui abuse un peu trop des anachronismes (la surprise de Jean découvrant l’automobile, les escaliers roulants et la télévision…), et trop d’attaques prévisibles sur des cibles attendues (la commercialisation de la religion, les talk-shows sensationnalistes, la rapacité de Wall Street), et vous avez une de ces comédies sympathiques, mais convenues, qui font moins souvent rire que sourire. Bref, l’exemple parfait du genre de film qui transforme une idée originale, et potentiellement hilarante, en une comédie plaisante, mais sans la moindre surprise; une farce gentille, proprette et terriblement canadienne, finalement beaucoup moins excentrique qu’elle voudrait l’être.

Dès le 5 février