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Cinéma

Fête de famille : Conventions collectives

Bien qu’il prenne l’affiche la même semaine que Les Idiots, de Lars Von Trier, Festen, de Thomas Vinterberg, est le premier de ces deux films à avoir été réalisé conformément aux diktats de Dogme 95 (la charte en forme de canular d’un groupe de cinéastes danois qui ont fait un «vou de chasteté» formel pour sauver le cinéma de son «embourgeoisement esthétique»).

Montrant une grande réunion de famille, bouleversée par la révélation d’un sombre secret, Fête de famille (pour la copie doublée en français) ou The Celebration (pour la version originale, sous-titrée en anglais) a donc été tourné caméra au poing, en son direct, dans des décors naturels et sans éclairage d’appoint. Bref, comme un gigantesque home movie (le film a d’ailleurs été tourné en vidéo, puis transféré en 35 mm) dont les images granuleuses, les cadrages hésitants et le montage syncopé font l’effet d’un électrochoc sur le spectateur, et montrent, une fois de plus, l’extraordinaire impact qu’a eu l’esthétique du Royaume, de Von Trier.

Ce traitement formel audacieux représente d’ailleurs le principal intérêt de ce drame, très classique sur le plan narratif, qui recycle de façon efficace, mais sans imagination ni habileté particulière, les poncifs du «film de réunion de famille», et qui emprunte généreusement à tous les classiques du genre (de Fanny et Alexandre à L’Invitation, en passant par A Wedding), avant de nous laisser sur une fin architraditionnelle, du genre: «Il y a de la lumière au bout du tunnel.»

De fait, le film de Vinterberg (qui a remporté, ex aequo avec La Classe de neige, le Prix spécial du jury au dernier Festival de Cannes) fait partie de ces ouvres qui masquent une histoire on ne peut plus conventionnelle sous une forme faussement expérimentale.

Est-ce à dire que Festen est un film raté? Absolument pas: c’est tout simplement un film correct, habilement mis en scène et très bien interprété, loin toutefois de mériter l’enthousiasme qu’il a soulevé. Une ouvre solide, somme toute classique, mais qu’un traitement formel assez inhabituel fait passer pour un film beaucoup plus subversif qu’il ne l’est vraiment – contrairement aux ouvres de cinéastes comme Buñuel, dont l’anarchisme était sans doute moins évident, mais beaucoup plus profond.

Psychodrame classique, dynamisé par un filmage électrochoc, Festen vaut donc moins comme film que comme symbole. Avec Les Idiots, il incarne l’écourement (tout à fait compréhensible et largement répandu) de deux auteurs face à un cinéma de plus en plus embourgeoisé. Les films que Von Trier et Vinterberg ont tenté d’opposer à ce cinéma offrent toutefois des réponses ponctuelles (via l’utilisation de la vidéo et les règles du Dogme) à des problèmes qu’ils ne résolvent pas vraiment, car leur esthétique-choc et leurs règles absurdes deviennent vite aussi affectées que les travers des films qu’ils dénoncent. Reste le plaisir de voir deux mariolles brasser la cage d’un cinéma, qui semble – du moins, le temps de leurs films – un peu plus vivant et sauvage.

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