2000 vu par… : Suite et fin
Cinéma

2000 vu par… : Suite et fin

Produite par la chaîne culturelle franco-allemande Arte et la maison de production parisienne Haut et Court, la série 2000 vu par… regroupe, entre autres, The Book of Life, d’Hal Hartley; Last Night, de Don McKellar; Le Mur, d’Alain Berliner, réalisateur de Ma vie en rose; et Minuit, de Walter Salles (Gare centrale). On retrouve également les signatures moins connues d’Ildiko Enyedi (Tamàs et Juli), de Tsai Min-liang (La Dernière Danse) ou d’Abderrahmane Sissako (La Vie sur Terre). Des films d’auteurs, des visions originales d’environ un heure qui illustrent la fin du millénaire.

À 40 ans, Hartley est le Jerry Lewis du nouveau cinéma. Apprécié d’un cercle restreint de cinéphiles américains, le réalisateur new-yorkais a séduit la critique française, et un public plus vaste que dans son pays d’origine, avec des films comme Simple Men, Amateur ou Henry Fool. Pas étonnant donc que The Book of Life ait été produit à l’est de l’Atlantique. Avec ce moyen métrage, Hartley pratique le changement dans la continuité. Si ses films précédents ont toujours été baignés d’un humour glacé et d’une ironie désenchantée, The Book of Life assume pleinement son statut de «comédie biblique». Qu’on en juge par l’intrigue: le 31 décembre 99, Jésus (Martin Donovan, acteur-fétiche du réalisateur) et Marie-Madeleine (P. J. Harvey), veston-cravate et sac de ville au dos, débarquent à New York pour rencontrer le Diable (Thomas Jay Ryan), et dealer avec lui l’Apocalypse prévue pour ce jour-là! Le fils de Dieu doute de la pertinence de la fin du monde (et redoute la colère paternelle, tout en prenant confiance en lui-même…); Marie-Madeleine écoute de la musique de David Byrne, Yo La Tengo et… P. J. Harvey; une restauratrice chinoise donne de la soupe dans la rue après avoir gagné le gros lot; et le Diable a le détachement factice d’un vendeur de chars usagés.

Entre Cecil B. De Mille et Woody Allen, Hal Hartley s’amuse bien, et nous aussi, jusqu’à ce que les dialogues finaux apesantissent un propos jusque-là tranchant. Tourné en vidéo numérique, The Book of Life est, sur le plan des images, le plus expérimental des films d’Hartley; mais on y retrouve son goût du minimalisme et des cadrages précis. Une facture un peu techno, et une légèreté inédite renouvellent l’univers de ce cinéaste plus inclassable qu’il n’y paraît.

À la Cinémathèque québécoise
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