Maelström : Eau-forte
Cinéma

Maelström : Eau-forte

Lorsqu’un premier long métrage est aussi bien accueilli que l’a été Un 32 août sur Terre, celui qui suit doit éviter deux écueils: ne pas être tout à fait identique et ne pas être trop différent. Avec Maelström, produit par Roger Frappier et Luc Vandal, Denis Villeneuve illustre brillamment ce que les politiciens appellent pudiquement le changement dans la continuité…

Lorsqu’un premier long métrage est aussi bien accueilli que l’a été Un 32 août sur Terre, celui qui suit doit éviter deux écueils: ne pas être tout à fait identique et ne pas être trop différent. Avec Maelström, produit par Roger Frappier et Luc Vandal, Denis Villeneuve illustre brillamment ce que les politiciens appellent pudiquement le changement dans la continuité…
Pas de langue de bois dans ce film qui partage avec le précédent un humour décalé, des images d’une qualité et d’une précision remarquables, et des préoccupations morales qui tranchent sur le reste de la production québécoise. S’il faut accorder quelque chose à Denis Villeneuve, c’est bien d’avoir un univers propre à lui: prépondérance d’un rôle féminin central; dilemme moral où s’agitent la culpabilité et la rédemption; et, d’un point de vue plus trivial, l’accident de voiture vu comme le détonateur d’une sérieuse remise en question. Ici, le changement vient du ton, plus noir que dans le solaire 32 août…, et d’un scénario plus ambitieux dans les thèmes comme dans la construction, entre autres ces "poissons-narrateurs", à qui on tranche la tête, et qui persistent à suivre le fil de l’histoire avec la voix de Pierre Lebeau!
Écrit par Villeneuve, Maelström met en scène Bibiane (Marie-Josée Croze), une jeune Montréalaise dont la vie va être bouleversée. Ça commence par un avortement, médicalement irréprochable et émotivement douloureux; ça continue avec son renvoi de la firme de design pour laquelle elle travaillait; et ça s’aggrave lorsqu’elle s’enfuit après avoir heurté, en auto, en pleine nuit, un poissonnier norvégien qui trouvera la force de rentrer chez lui, et de mourir dans sa cuisine. La jeune femme traîne son spleen existentiel dans la Métropole, d’une baise sans lendemain à un suicide raté. Alors qu’elle fait la rencontre fortuite du fils de sa "victime" (Jean-Nicolas Verreault), Bibiane aura-t-elle droit à une seconde chance?
En lui décernant le Prix de la meilleure contribution artistique pour la photographie (également Prix du public du meilleur long métrage canadien), le jury du 24e Festival des Films du Monde a primé le film par l’entremise de son directeur-photo André Turpin. Récompense méritée pour un travail en parfaite adéquation avec le propos du cinéaste, servi par un style qui, à force d’épure et de recherche, verse dans un esthétisme que certains ont qualifié de trop léché, commentaire réducteur d’esprits chagrins qui taxent les préoccupations formelles d’un cinéaste comme Villeneuve de joliesses esthétiques. Faux débat, car Maelström assume pleinement sa nature purement cinématographique selon laquelle le 7e art est avant tout affaire de lumière et de mouvement.
Là où le bât blesse (hormis une interprétation inégale: Jean-Nicolas Verreault impose, en peu de temps, une forte présence, tandis que Marie-Josée Croze apparaît un peu fade), c’est dans le scénario. Ambitieuse par ses rebondissements et sa thématique, l’histoire traîne en longueur dans la partie centrale. Si les deux personnages principaux s’étaient rencontrés plus tôt, le dilemme moral, le noeud du conflit auraient été plus prenants et développés. Telle quelle, l’errance de la jeune femme verse dans un travelogue existentiel qui tourne en rond, heureusement relancé par cette rencontre déterminante.
S’il est vrai qu’un film est un rêve que plusieurs personnes font en même temps, Maelström a cette dimension onirique, quelque chose d’organique, une pulsation souterraine, qui le rapproche autant de la poésie que du spectacle cinématographique. Il ne manque au scénariste Villeneuve qu’un peu plus de rigueur; le cinéaste, lui, a déjà trouvé sa place.

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