

Cinéma estival : La planète sauvage
L’été sera ambitieux, romantique, coloré et virtuel. Et, si l’on attend au tournant quelques gros canons, c’est dans la multitude des productions de moindre importance qu’on peut déceler les vraies tendances. Le pavés annoncés seront-ils à la hauteur?
Juliette Ruer
Francis Ford Coppola relance son chef-d’oeuvre, avec 53 minutes de plus et sous aucun prétexte on ne peut manquer la sortie en salle, le 24 août, d’Apocalypse Now Redux. Époustouflant. Steven Spielberg a eu une longue correspondance avec Stanley Kubrick pour la mise en place du film A.I. (Artificial Intelligence). Kubrick mort, son scénario a été "spielbergisé". Le réalisateur d’E.T. revient donc avec un projet de deux lettres pour l’aventure d’un Pinocchio du temps futur, où le petit Haley Joel Osment et son ami Jude Law, deux androïdes au coeur tendre, cherchent à quitter le monde de la machine. Inutile de dire que les attentes sont énormes. À voir dès le 29 juin. Dans le titre court et marquant, on pense à K2. K2, pour Karmina 2, de Gabriel Pelletier, la suite attendue des avatars vampiriques de certains Québécois. Quatre ans après, Gildor Roy, Yves Pelletier, Julien Poulin et les autres se retrouvent dans un affrontement final et sanguinolent autour d’une potion qui permet aux vampires de prendre forme humaine. Dès le 13 juillet. Et que serait une année sans le Woody Allen primeur? Avec The Curse of the Jade Scorpion, Allen reste accroché au burlesque, à New York et aux années 40, où il joue un ambitieux agent d’assurances, en guerre avec une collègue opiniâtre, Helen Hunt. À voir à partir du 10 août. Autre événement attendu: après le dépoussiérage de Planet of the Apes, celui de Rollerball de 1975, film de Norman Jewinson, avec James Caan, qui devient celui de John McTiernan (The Thomas Crown Affair et les Die Hard) où Chris Klein, Jean Reno et LL Cool J se retrouvent en patins, sur la piste d’un sport très extrême. Tournage à Montréal et sortie prévue le 17 août. Sous-section dans la catégorie films de gars: Kiss of the Dragon, de Chris Nahon, où Jet Li, Bridget Fonda et Tcheky Karyo se la jouent kung-fu grâce à un scénario de Luc Besson, qui fait décidément feu de tout bois.
On peut également dresser la liste des films à numéros, ces chiffres qu’on accroche aux éphémères succès. Habitude déplorable du marketing qui ne peut pas toucher un filon sans l’épuiser complètement. Parce qu’on promet une bête de synthèse encore plus terrifiante qu’un T-Rex, Jurassic Park III, de Joe Johnston, reprend du service avec Téa Léoni, William H. Macy, Sam Neill et Laura Dern. Les blagues de potaches, entre bière et cul, reviennent aussi, en plus dingues promet-on, dans American Pie 2, avec Chris Klein et Mena Survani. Une maturité à la Tom Green, que l’on risque de retrouver dans Scary Movie 2, avec les grimaces des frères Wayans, et dans Rush Hour 2.
Inévitables, les comédies romantiques. Et l’on tombe dans le piège chaque fois avec délices. Cet été, on peut aller dans le très classique avec Captain Corelli’s Mandolin, de John Madden (Shakespeare in Love), l’adaptation de la romance de Louis de Bernières, où un Nicolas Cage séduit une Pénélope Cruz sur une île grecque. Qui dit comédie romantique, dit aussi Julia Roberts, princesse du genre, craquant pour le nouveau prince des coeurs, John Cusack, dans un duo contrecarré par Catherine Zeta-Jones. Et le titre annonce bien la couleur: America’s Sweetheart. Et parce qu’on ne se lasse pas de le voir, on retrouve Cusack amoureux, de Kate Beckinsale, l’infirmière de Pearl Harbor, dans Serendipity, un chassé-croisé new-yorkais. Après avoir été une Française de petite vertu, la voilà slave: Nicole Kidman est une jeune Russe qui débarque en Angleterre afin de retrouver son futur époux par correspondance; dans Birthday Girl. Son choix sera difficile, puisqu’elle sera entourée de Vincent Cassel, Matthieu Kassovitz et Ben Chaplin. Déchirant. Par contre, dans le style romance avec un twist, il faut peut-être s’attarder à Legally Blonde, de Robert Luketic, où l’excellente Reese Witherspoon (Election) revient semer la pagaille dans le milieu universitaire. Sa blondeur, et l’attitude qui en découlent en serait la cause. On peut également inclure dans la section divertissement sympathique Bandits, le dernier film de Barry Levinson, où deux voleurs de banque (Bruce Willis et Billy Bob Thornton) tombent amoureux de la même fille (Cate Blanchett).
Mais quand on fait dans le fantasme, pourquoi s’accrocher à la réalité? Dans Tomb Raider, Angelina Jolie est la très pneumatique Lara Croft, la super-héroïne sortie d’un jeu vidéo, aristocrate (fille de lord Croft, joué par Jon Voight, bien sûr) et aventurière. Ce film de 100 millions $ est signé Simon West, celui de Con Air. On reste dans le virtuel total avec un clone de Tomb Raider, soit Final Fantasy: The Spirit Within, d’Hironobu Sakaguchi, où une scientifique super-lookée se bat contre des fantômes extraterrestres…
Soyons sérieux. Avec Lumumba, par exemple. Raoul Peck, déjà auteur d’un documentaire sur le premier ministre congolais assassiné en 61, Lumumba: la mort du prophète, revient avec une fiction sobre et directe sur le héros qui hante encore le Congo et la Belgique. Dès le 6 juillet. À voir également, au mois d’août, Little Sénégal, film de Rachid Bouchareb, qui a été mis en nomination à Berlin et qui fait bonne figure au box-office en Europe, où un Sénégalais suit le chemin de sa descendance, de l’Afrique à New York. Avec le grand Sotigui Kouyaté. Dans la même veine, le dernier film de John Singleton (Boys N the Hood), Baby Boy, évoque encore les problèmes raciaux, toujours dans un L.A. très chaud. Une approche réaliste avec Ving Rhames et Tyrese. Immigration européenne cette fois, avec l’excellent film d’Abel Kechiche, La Faute à Voltaire. Un drame tendre et amer, avec une flopée de bons acteurs dont Sami Bouajila et Aure Atika. Autre aperçu d’un monde qui change, celui de Marseille. Avec La ville est tranquille, Robert Guédiguian (Marius et Jeannette) signe son Fellini Roma: hommage amoureux à sa ville natale et à sa turbulence. Toujours avec les fidèles Jean-Pierre Daroussin et Ariane Ascaride. On retrouvera une variation comique sur le même thème avec un autre film de Guédiguian, À l’attaque, prévu en salle dès le 27 juin.
Bref, l’été est pour tout le monde alors bon cinéma!
La Planète des singes
L’été de toutes les singeries
La terre sera-t-elle domptée par les singes cet été? Tim Burton le magicien s’est approprié à son tour l’histoire fantastique de Pierre Boulle, La Planète des singes, dont on avait tiré un film en 1968, plusieurs suites plus ou moins heureuses, et enfin des épisodes pour la télévision. Charlton Heston en astronaute perdu sur une planète gouvernée par les grands primates avait pris la poussière dans le film de Franklin J. Schaffner. Tim Burton a effectué un sérieux coup de plumeau, et on peut s’attendre à un mélange grandiose des décors de Batman, des costumes de Beetlejuice, des ambiances de Sleepy Hollow et, souhaitons-le, de la finesse d’esprit d’Edward Scissorhands. Les rumeurs courent, mais on sait peu de choses outre le magnifique site Internet; les superbes costumes pour les chimpanzés, les orangs-outangs et les gorilles; et les présences de Mark Wahlberg en infortuné héros, de Tim Roth en gorille-général dominateur, et d’Helena Bonham Carter en gentille chimpanzette (toute ressemblance avec Michael Jackson est fortuite). En l’an 2029, les humains, dont Kris Kristofferson et Estella Warren, accompagnés de primates coopératifs, se battent pour atteindre un temple sacré, situé dans une zone interdite, là où va être dévoilé le secret de la condition humaine. Le plus fantastique de toute cette histoire reste le mystère entourant la fin du film: Tim Burton a tourné cinq possibilités de finale, et on ne saura qu’à la sortie laquelle aura été retenue. Un budget de 100 millions de dollars a permis ce caprice, très émoustillant pour notre imaginaire… Car, avec La Planète des singes, on veut tout à la fois: du fantastique, du grandiose et du philosophique. Bref, les fans sont à cran. Ils ne seront rassasiés qu’à partir du 27 juillet.