

La Confusion des genres : Masculin féminin
"Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué" pourrait bien remplacer le "Liberté, égalité, fraternité" qui orne les frontons des mairies françaises.
Éric Fourlanty
"Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué" pourrait bien remplacer le "Liberté, égalité, fraternité" qui orne les frontons des mairies françaises.
– Ah, t’es juif?…
– Oh, tu vas pas commencer. Et puis, c’est pas si simple…
En effet, rien n’est simple dans la vie d’Alain (Pascal Greggory), avocat victime du retour d’âge, qui voudrait peut-être épouser sa collègue, Laurence (Nathalie Richard), mais qui tombe amoureux de Christophe (Cyrille Thouvenin), le jeune frère d’une ancienne maîtresse (Marie Saint-Dizier). Et puis, il y a Marc (Vincent Martinez), beau ténébreux purgeant une peine de prison pour meurtre, qui promet à Alain de coucher avec lui s’il convainc sa blonde, Babette (Julie Gayet), de venir le voir. Le problème, c’est qu’Alain est aussi attiré par la petite amie du taulard, que Christophe aime l’avocat avec l’intensité propre à son âge, et que Laurence tombe enceinte de son éventuel futur mari…
Si le survol de l’intrigue du second long métrage d’Ilan Duran Cohen (Lola Zipper) ressemble au résumé d’un épisode de roman-savon, le ton est tout autre. Ça démarre dans le vif du sujet, avec l’avocat, flambant nu, dialoguant, à brûle-pourpoint, avec les hommes et les femmes qui défilent dans son lit; séducteur malgré lui, don Juan récalcitrant, qui se cherche dans le regard et dans le désir de ses conquêtes.
"On sacrifie toujours quelque chose à la facilité", énonce un Alain Bashung, savoureux, en prisonnier modèle. Franco-française dans le fond comme dans le ton, cette comédie cinglante échappe aux pièges du cynisme comme à ceux de l’utopie. Entre le Roméo idéaliste, qui dit à Alain: "Tu peux tout avoir", et qui découvre, ensuite, la jalousie; et la quadragénaire rationnelle, qui dit au même Alain: "On ne peut pas tout avoir, dans la vie", et qui, finalement, se retrouve avec mari, bébé et amant, La Confusion des genres ne prône qu’une seule chose: le choix de ne pas en faire. De toute façon, la vie et les autres vont bien se charger de nous y forcer, un jour ou l’autre…
Absolument pas militant, La Confusion des genres défend pourtant un point de vue assez subversif, celui d’un certain fatalisme, à une époque où il faut à tout prix prendre sa vie en main, réaliser son potentiel, et autres diktats psycho-pop. Pourtant, aucune mièvrerie ici; Cohen ne succombe pas à la tentation de l’angélisme, et taille des dialogues mordants et cruellement drôles. En effet, Alain et sa clique ne nagent pas dans la félicité, mais à voir la peinture féroce que le cinéaste fait des parents (excellentes Bulle Ogier et Nelly Borgeaud), on sait que le bonheur n’est pas non plus dans le retour aux valeurs soi-disant sûres.
Avec sa tête de prédateur au regard fragile, Pascal Greggory est superbe dans ce rôle dont le flou demandait une grande précision, et incarne bien l’esprit de ce film qui traite de sujets graves avec légèreté, et parle de choses légères avec gravité. Franco-français, quoi.
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