FCMM : De la suite dans les idées
Cinéma

FCMM : De la suite dans les idées

Faire le point sur les nouveautés mondiales, avoir confiance en ses antennes, savoir dénicher le sens à travers toutes les formes, pouvoir reconnaître une vision d’auteur: le FCMM par ses organisateurs.

C’est à la fois le chêne et le roseau. Suffisamment souple pour ne pas se briser, mais assez frondeur pour prendre des risques dès que les racines se développent. C’est un peu ça, l’histoire du FCMM: l’impression qu’on va casser le moule chaque fois, mais la surprise de le voir revenir plus neuf l’année suivante. Changement de noms (Centre du film underground, 16 mm, vidéos, nouvelles technologies), changement de lieux (la Main, mais aussi Québec et New York), le plus vieux festival de cinéma au Canada est reconnu internationalement comme l’un des principaux événements de cinéma indépendant au monde, à côté du Festival de Rotterdam, du Forum de Berlin et de celui de Telluride. Il est un rejeton des années 60, mais toujours moteur du cinéma d’auteur. Trois regards sur le FCMM et sur le cinéma.

"On travaille sur la potentialité", Luc Bourdon, directeur général
Cinéaste passé organisateur en chef, Luc Bourdon a le sens de la formule. Et il voit loin. Le FCMM a-t-il changé depuis 30 ans? "Le milieu social a évolué, mais on fait toujours la même business. Nous sommes une tête chercheuse encore valable, simplement plus institutionnalisée. Mais c’est toujours la qualité a priori dans le choix de nos films." Peut-on parler de mission? "Le code d’éthique est toujours de présenter des films en primeur et de questionner l’image en mouvement. Les trois axes peuvent se décliner sur le choix de l’image, de l’esthétique et du propos. Nous voulons des images en mouvement sous toutes ses formes! Et nous avons travaillé sérieusement sur la qualité des projections, sur les lieux et sur l’accompagnement des auteurs. En gros, nous sommes des passants au FCMM: pour que le public ait accès au monde, local et international." D’où la nécessité d’avoir une équipe solide… "J’ai travaillé fort pour une équipe qui réfléchit et qui développe de bons réflexes. Par exemple, pour obtenir les longs métrages présentés au Festival, il a fallu se consacrer à huit fois plus de productions… Mais on grandit, on a maintenant une histoire. On a une voix, il n’y a plus de cannibalisme: avant, on était trois gamins dans le fond d’une ruelle; mais maintenant je veux élargir l’équipe de recherchistes et la garder à l’année." Pour irradier encore plus? "Nous avons déjà un réseau international, les auteurs qui viennent ici sont des ambassadeurs, et tous nos catalogues leur sont envoyés." Le FCMM semble encore tenir ses promesses, mais les auteurs sélectionnés à travers les années ont-ils tenu les leurs? "On a eu beaucoup de bons coups, dont Werner Schroeter, un des grands du nouveau cinéma; Jim Jarmusch qui était encore à l’université quand il est venu présenter Permanent Vacation; sans parler d’André Turpin, de Werner Herzog ou d’Alexandre Sokurov." Travailler sur la potentialité du FCMM, c’est tout cela: voir large et travailler dans le détail; c’est obtenir les moyens d’en faire encore plus, pour se légitimiser, c’est-à-dire que "pour chaque film sélectionné, il y ait l’auteur pour l’accompagner. Avec 200 invités, le FCMM deviendrait alors une plaque tournante, une concentration de créateurs et de créations"! Mettre toutes les idées en place, mais sans pour cela dénaturer la passion de départ, à savoir: "l’amour indéfectible pour le cinéma et son industrie"…

"C’est l’année zéro de l’interactivité",
Philippe Gajan, programmateur création numérique

Critique et cinéphage absolu, Philippe Gajan porte cette année le chapeau de la création numérique, le secteur qui décolle, mais avec une approche résolument cinéma. "J’ai remarqué que dans les nouveaux médias – et j’ai visionné environ 200 soumissions -, la facture est de plus en plus cinématographique, avec des notions de plans et de fondus; qu’il y a maintenant une vraie compréhension du médium par l’artiste et une convergence des formes." Après le 16, la vidéo, le flou des nouvelles technologies, on peut donc maintenant parler de… métamédium. Le métamédium navigue dans la c0nvergence entre la durée (la linéarité temporelle du cinéma) et l’espace, celui du Web et du cédérom, d’où l’expression: narration spatiale. Ouf… Dans les neuf projets retenus pour cette année, Philippe Gajan parle parfois d’un choc de perception, comme celui qu’auraient eu les spectateurs au siècle dernier lorsqu’ils ont vu pour la première fois L’Arrivée du train en gare de La Ciotat, de Louis Lumière. Tx-Transformator, de l’Autrichien Martin Reinhart, un logiciel qui joue avec le mouvement décomposé dans le temps et dans l’espace, devrait pouvoir questionner nos sens et 60degrees.org, de Sue Jonhson, logiciel sur le système carcéral américain, notre approche du documentaire. Mais le sens, là-dedans? "Le rapport à l’oeuvre reste toujours le sens. Mais maintenant, nous sommes à l’année zéro de l’interactivité, le jeu se répand, le public est prêt, et les cinéastes s’emparent de ces nouveaux outils." Mais comme l’interactivité avec un logiciel se résume surtout au clic par l’intermédiaire d’une souris, quelque chose de bien solitaire, le FCMM ouvre la salle Fellini pour que les artistes viennent y présenter leurs oeuvres, un mélange entre conférence et performance…

"Le cinéma d’auteur a besoin d’un lieu", Claude Chamberlan, directeur-programmateur
Il est passé de une à six salles, du petit Parallèle au Complexe Ex-Centris et au Cinéma du Parc. De la musique rock à l’imprimerie, il est devenu un big boss de festival très tenace, qui voit d’abord à son Festival, comme un fou perfectionniste, en sillonnant les festivals année après année à la recherche de découvertes. Il a craqué cette année pour Dog Days, d’Ulrich Seidl; pour la tendresse de La Fe del Volcano, de l’Argentine Ana Poliak; mais aussi pour Atarnajuat, Chopper, L’Emploi du temps, et Sisters… Même s’il craque visiblement pour tout le catalogue, Chamberlan plisse aussi des yeux pour voir plus loin que l’événement ponctuel. Il se bat toujours pour la visibilité du film sous-titré au Québec ("il y a 10 copies sous-titrées en anglais, pour une sous-titrée en français"), et pour les générations à venir (Ciné-Kids). Son fer de lance: la passion du cinéma d’auteur doit se répandre à travers le Québec. "Même si je ne viens pas du cinéma commercial, j’ai la touche!", lance en rigolant Chamberlan, qui sait depuis une quinzaine d’années que la vitalité du cinéma passe par la formulation d’un nouveau circuit de diffusion et par la revampe des lieux existants. Selon lui, "d’excellents programmateurs feraient revenir le public dans la salle: que les grands circuits engagent donc des programmateurs qui travaillent avec amour"! Le FCMM dans tout cela? "Ça reste éclectique, et j’aime ça. Pour l’améliorer, faut le casser. Mais on n’a jamais changé: le Festival, c’est aucun compromis sur la qualité. Il faut rester dans des proportions moyennes. Sinon, tu es obligé de faire des compromis… Il n’y a rien d’identique ailleurs, cette synergie entre cinéma et nouveaux médias. Et cette maturité – je n’aime pas le mot! – n’arrive pas du jour au lendemain; mais il y a une fraîcheur qui vient nous sauver… Faut tout le temps se lancer des défis." Et s’amuser. Mais ça, c’est implicite au caractère de Chamberlan et dans le party qui dure depuis 30 ans…

French Kiss
François Ozon tournant plus vite que son ombre, nous avons écrit, la semaine dernière, que Sous le sable avait été déjà projeté au Festival des Films du Monde. C’est totalement faux. L’excellent troisième long métrage d’Ozon, marquant le grand retour de Charlotte Rampling, sera bel et bien présenté en primeur montréalaise au 30e Festival du nouveau cinéma et des nouveaux médias. Allez, on se fait la bise et on oublie tout!

FCMM
Du 11 au 21 octobre
www.fcmm.com
847-1242