

FCMM : Docs en stock
Entre les échos porteurs qui entourent Southern Comfort, de Kate Davis, sur des transsexuels dans le Sud américain, et la curiosité envers le projet Médée des femmes incarcérées dans We Just Telling Stories, de Lawrence Andrews: voici un aperçu minimal des documentaires à venir au FCMM…
Juliette Ruer
Entre les échos porteurs qui entourent Southern Comfort, de Kate Davis, sur des transsexuels dans le Sud américain, et la curiosité envers le projet Médée des femmes incarcérées dans We Just Telling Stories, de Lawrence Andrews: voici un aperçu minimal des documentaires à venir au FCMM…
S.P.I.T. Squeegee Punks in Traffic
Daniel Cross, à qui l’on doit le très beau film The Street, sur les itinérants à Montréal, conserve dans S.P.I.T. ce même regard exempt de jugement à l’emporte-pièce. Il préfère toujours donner la parole à son sujet, et le suivre assez longtemps pour entrevoir une image juste et l’amorce d’un cheminement. Roach, Éric "Roach" Denis, un squeegee qui déambule dans les rues de Montréal, Québec et Toronto, prend la caméra offerte, et se raconte entre rébellion punk, drogues, désarroi, et degré zéro du travail. Le ton est plus urgent que dans The Street, plus rageur aussi; l’envie de tout foutre en l’air est perceptible, aussi bien chez Roach que chez Cross. Seul documentaire québécois de la sélection, S.P.I.T., c’est deux ans de travail pour trouver le ton vrai. À voir pour l’énergie, la construction déchirée; et, surtout, pour regarder ceux qu’on ne regarde pas.
Stolen Generations
À chacun sa honte… Ils ne sont pas sous les feux de l’actualité, mais rappelons que les Australiens ont fait très fort dans le détournement culturel. Pendant des décennies, l’État a forcé les aborigènes à être éduqués selon les principes blancs et anglophones, c’était sa façon de juger l’ethnie "inférieure". Darlene Jonhson, d’origine aborigène, a retrouvé quelques personnes arrachées dès l’enfance à leur famille. Des cas à tirer des larmes, des histoires absurdes, une honte nationale, un gouvernement qui ne s’excuse toujours pas… Un film plutôt classique pour une triste réalité humaine.
Delphine Seyrig, portrait d’une comète
Décédée il y a 11 ans, Delphine Seyrig renaît quelques instants grâce à la vigilance d’une cinéaste et amie de la comédienne, Jacqueline Veuve. Celle qui avait la grâce d’une fée, qui était l’idéal féminin d’Antoine Doinel et l’élégante de L’Année dernière à Marienbad était une femme de tête et une féministe acharnée. Elle était déjà tombée dans l’oubli. On découvre le mystère de sa voix et on retrouve son éclat avec délice. Un film doux et élégant.
Warrior of Light
Elle a une âme, cette dame, et elle prend toute la place dans ce documentaire allemand signé Monika Treut. Au Brésil, Yvonne Bezerra de Mello est un cas. Femme riche et brillante, aimant l’équitation et la sculpture, elle a fait la couverture de plusieurs magazines et donne des dîners mondains. Mais elle essaie aussi de faire sortir de la misère des gamins de la rue. Depuis 93, elle travaille à un projet pour protéger et éduquer les gamins des favelas. Un travail colossal, des paradoxes affligeants, une vie étonnante, des enfants détruits: le portrait du Brésil est aussi horrible que sont tendres les gestes d’Yvonne.
Ouarzazate Movie
Ouarzazate, dans le Sud marocain, est une ville qui vit depuis longtemps au rythme des grands tournages internationaux (Laurence d’Arabie, Kundun, Astérix, Gladiator). À côté des grands acteurs se trouvent les petits figurants, une population entière qui joue dans des films qu’elle ne verra jamais. Entre comédie et enquête, entre cynisme et tendresse, Ali Essafi fait un excellent boulot de documentariste. Les figurants parqués comme du bétail, le mépris des Occidentaux face à ces prolétaires du cinéma, les inquiétudes d’un prochain casting, les envies d’un rôle enfin parlant: la différence entre les millions investis dans un gros film et le salaire journalier saute au visage. Il est impossible après ce film de regarder une mégaproduction sans penser à ces familles qui, pour un temps, sont les protagonistes. Tous les grands en prennent pour leur rhume, sauf Pasolini…
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