Le Collectionneur / Jean Beaudin : Par petits bouts
Cinéma

Le Collectionneur / Jean Beaudin : Par petits bouts

Une policière, Maud Graham, suit un tueur en série, Rochon, un malade qui saucissonne des femmes. En même temps, elle héberge un jeune prostitué et un fugueur de 13 ans, solides tous les deux. Deux histoires qui vont finir par se recouper. En adaptant à l’écran Le Collectionneur, roman de Chrystine Brouillet, Jean Beaudin persiste dans son amour pour des personnages  forts

Une policière, Maud Graham (Maude Guérin), suit un tueur en série, Rochon (Luc Picard), un malade qui saucissonne des femmes. En même temps, elle héberge un jeune prostitué et un fugueur de 13 ans (Lawrence Arcouette et Charles-André Bourassa, solides tous les deux). Deux histoires qui vont finir par se recouper. En acceptant d’adapter à l’écran Le Collectionneur, roman de Chrystine Brouillet, Jean Beaudin (celui du Matou, de Being at Home with Claude et de Souvenirs intimes), persistant dans son amour pour des personnages forts, avait quelques certitudes: montrer un peu de l’enfance d’un tueur en série; travailler en parallèle sur l’enquête policière et sur l’histoire douce entre cette femme flic et les garçons; et mettre la caméra à côté de Maud, afin de ne pas montrer les actes de boucherie. Le but ultime était de faire un thriller divertissant pour grand public. Le résultat se situe entre le policier et le drame intime. Mais précisons qu’on reste loin d’une crise de panique à la Seven. Brouillet n’est pas non plus Patricia Cornwell…

L’enquête est classique et les acteurs sont de bon calibre. Maude Guérin, même si elle n’est pas aussi fine que d’habitude, est très bien entourée: en plus de Picard, on retrouve Alexis Martin en médecin légiste, Yves Jacques en prof d’art, et Yvan Ponton et Christian Bégin en flics. Tous d’excellents acteurs… dont on ne profite pas assez, hélas, et pour cause: Beaudin aimerait pouvoir développer ces personnages dans des suites. En attendant, on navigue entre le désir de réalisme (les cadavres en résine, la psychologie du tueur observée par Beaudin, très renseigné sur le sujet) et quelques bizarreries irréelles (le bar de travelos avec des gars en cuir fait toc, tout comme le milieu policier; sans parler des actions pour le moins inconséquentes d’une secrétaire de la police!). On tourne des coins très ronds; on balance rapidement le premier meurtre du psychopathe enfant; tout comme est expédiée la rencontre avec les parents de Graham. Reste la performance de Luc Picard: il a le regard aussi mauvais que machiavélique. "Il m’a demandé qu’on aille jusqu’au bout, précise Beaudin. Et il fait très peur, surtout quand il se prend pour Dieu! Mais quand on choisit un acteur, il faut s’assurer qu’il y ait une part du personnage en lui." Cheveux longs et regard fiévreux, le comédien pique une belle crise en finale. L’animal est vraiment dangereux.

Et tout ça dans la douce ville de Québec. La dernière fois que la capitale provinciale suintait l’angoisse, c’était dans I Confess de Hitchcock. Faussement endormie, elle semble ici spectrale, impression due en partie à cette lumière de printemps et au 35 mm anamorphique utilisé. "Sur le plan visuel, c’est très intéressant, cette ville en étages; un peu comme San Francisco", précise le réalisateur.

Le Québec n’est pas habitué aux films de genre, policiers ou thrillers: Le Collectionneur sera-t-il donc un produit nouveau? "Je suis sûr qu’il est possible de faire autre chose que de grosses comédies; et puis, avec le film de genre, on touche à tout, à plusieurs milieux." Souhaitons qu’il soit entendu.

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