L'Odyssée d'Alice Tremblay : Contes pour tous
Cinéma

L’Odyssée d’Alice Tremblay : Contes pour tous

Voici un film qui se veut un divertissement estival, avec nos stars préférées et des effets spéciaux. Et on peut trouver ça très mauvais.

Que se passe-t-il quand on prend les gens pour des imbéciles? Ça se voit chaque fois. En voulant plaire à tout le monde et à son frère, en cherchant le n’importe quoi qui pourrait séduire les foules, on creuse dans la vase. Au cinéma, ce genre de chose se nomme divertissement. C’est un si joli mot pourtant… qui promet rire et légèreté. On fait des Astérix et Cléopâtre en son nom. Mais cela se traduit le plus souvent sur écran par bouillie, pré-mâché, semoule, yaourt ou purée; que des trucs où il n’y a pas besoin de dents pour manger. Les pires films de ce type ont pour effet d’engluer le spectateur durant deux heures, de lui couler de la pâte collante dans le cerveau, afin de rendre celui-ci le plus mou possible. Sorte d’anesthésie, en somme, en souhaitant qu’elle n’ait aucun effet secondaire. Avec Noël, l’été est la saison privilégiée de ce genre de produit; voici donc L’Odyssée d’Alice Tremblay, un divertissement maison. En partant, on peut déjà remarquer que le titre, après Le Fabuleux Destin…, fait aussi partie de la démarche "plaire à tous".

L’originalité est donc la lacune principale de ce film. Sous la direction de Denise Filiatrault, sa fille, Sophie Lorain, va vivre une aventure que Dorothy dans The Wizard of Oz a vécue il y a déjà un bout de temps: partir dans un pays merveilleux et y retrouver, sous des traits feériques et magiques, les personnages de son quotidien. Et comme dans le film avec Judy Garland, la peste du coin ne peut devenir que sorcière. Pour être encore moins original, on ne prend pas ici la peine d’inventer un monde imaginaire neuf; on pige directement dans les contes de Perrault. Et pour ceux et celles qui ne connaissent vraiment pas, on le mentionne comme auteur des histoires dans lesquelles tombe Alice Tremblay, mère célibataire et ouvrière rêveuse. On emprunte aussi ce qu’il y a de plus abordable chez Lewis Carroll, à savoir le prénom, le monde imaginaire et le lapin. Ainsi, l’imaginaire connu est couvert et personne n’est dépaysé.

Dès que Sophie Lorain croise un méchant loup lubrique (Marc Labrèche) qui, non content de se taper une grand-mère ravie qui entre et sort d’un placard (Danielle Ouimet), a des vues sur un Petit Chaperon rouge de type Manara (Mitsou), on appréhende le pire. Et il arrive. Le loup pousse la chansonnette (cousine de lit de celle de son émission de fin de soirée), un truc bien lourd avec force coups de reins à l’attention d’une Mitsou qui minaude, tandis que Lorain pousse des hurlements puisqu’elle craint trop que la petite ne se fasse croquer. Cette façon de rendre "adulte" une comédie en semant des grivoiseries un peu partout a ici l’élégance d’un semi-remorque. Blanche-Neige (Louise Portal) se satisfait donc d’un nain chaque soir de la semaine. C’est gracieux. Un vieux film porno s’appelait Blanche Neige et les sept mains. Et ce n’était déjà pas une trouvaille.

Qu’est-ce que c’est que ce ramassis de stars (les plus populaires) jetées dans des sketchs ficelés les uns aux autres par une fille en pyjama, un prince nul (Martin Drainville) et une sorcière stupide (Pierrette Robitaille) qui chante parfois comme une casserole, parfois comme une diva, et qui veut faire rire avec des mots déjà entendus ailleurs (de mémoire: "et que chu méchante!")? On parle ici d’un bon budget cinéma, d’effets spéciaux, d’un film qui a droit à des affiches et à une bande-annonce visible. Pour C’t’a ton tour Laura Cadieux, il y a avait de bons points; pour la suite, on a laissé faire madame Filiatrault. Mais là, c’est un cas à confisquer la caméra. À côté, Les Boys frôle un Bergman.

En gros, ce film niais est une injure aux contes de fées et aux spectateurs. On nous demande de payer pour voir des gens qui envahissent déjà la télé, dans des saynètes mal foutues et mal assemblées, où bougent des costumes plutôt laids (exceptés dans une salle de bal Moulin Rouge), et parsemées de dialogues effrayants de débilité! Et c’est quand il y a des phrases; sinon l’assemblage des particularités connues de chacun semble une armature suffisante. On donne deux minutes d’impro à chaque vedette: Denise Bombardier en reine la joue grande dame choquée; Jacques Languirand est un vieillard guilleret au rire facile, on lui colle donc un costume de père Noël; Pierre Lebeau fait les gros yeux; France d’Amour chante, et Michel Barrette fait l’andouille. Le bouquet, c’est Jean-René Dufort qui ne fait rien, et qui passe devant la caméra avec un chameau et un sourire. Le chameau est vraiment très bien.

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