Naqoyqatsi : L'état du monde
Cinéma

Naqoyqatsi : L’état du monde

Le monde est fou, ma brave dame. Il est tellement dingue, en fait, qu’on a de plus en plus de mal à lui donner un sens, à lui trouver un langage. Que cela n’empêche nullement les artistes de divaguer sur le sujet. On ne comprend rien au monde, on va donc en parler. Le meilleur exemple est Godfrey Reggio, 62 ans, qui a passé 14 ans dans le silence et la prière avant de pondre la trilogie Qatsi (la vie, en langue Hopi), trilogie qui met en scène de façon non linéaire l’humain en train de se détacher de son environnement.

Le monde est fou, ma brave dame. Il est tellement dingue, en fait, qu’on a de plus en plus de mal à lui donner un sens, à lui trouver un langage. Que cela n’empêche nullement les artistes de divaguer sur le sujet. On ne comprend rien au monde, on va donc en parler. Le meilleur exemple est Godfrey Reggio, 62 ans, qui a passé 14 ans dans le silence et la prière avant de pondre la trilogie Qatsi (la vie, en langue Hopi), trilogie qui met en scène de façon non linéaire l’humain en train de se détacher de son environnement. Le succès a été immédiat avec Koyannisqatsi (1983), un choc entre nature et société moderne. Le second, moins aimé, Powaqatsi (1988), portait sur la transformation, le travail et la culture. Et pour le dernier-né, Naqoyqatsi, la nature humaine semble vraiment perdue dans un dédale de haute technologie et de guerre. On est content que la trilogie se termine.

Pas que ce soit mauvais, c’est juste rasant. Comme peut être rasante une pensée qui veut, avec toute la prétention que cela exige, englober l’ensemble des données. On veut résumer l’état du monde. La trilogie qatsi, par une exploration cinématographique qui se sait différente, tient à mettre les pendules à l’heure. Oyez! Oyez! Nous voici à l’heure H de l’évolution. Si vous ne savez pas où vous en êtes, laissez-vous guider, voici un méta-message qui pourrait vous éclairer… Merci pour le gong, mais on fait quoi avec ce fatras? Pas que ce soit agaçant de réfléchir au cinéma, loin de là, mais le fil conducteur de ce film est poussiéreux, d’un vieux "granolisme" daté, d’un fond d’héritage beatnik recyclé.

L’humanité commence dans un leurre d’unité (la tour de Babel pour début, quelle originalité! Mais quoi d’autre quand on a déjà regardé la vie à travers la lorgnette religieuse?), et elle avance à grande vitesse à l’heure de la technologie à outrance (des o et des 1 envahissent l’image), de la globalisation (la pub? le clonage?) et de la course à la performance (les sportifs, les armées). Nous ne savons pas où nous en sommes? Plan de courants marins. L’homme est un jouet dans le système? les crash test dummies sont là pour passer le message. Il n’y a pas de sens à l’humanité, seule la vitesse compte: voici le genre de béatitude nostalgique sur un soi-disant bien-être que l’humanité devrait avoir et qui nous ramène à nos rêveries estudiantines, quand on cherchait un sujet pour le diaporama de fin de session! Quand au milieu d’un champ d’étoiles, apparaît un bébé souriant; quand tournent des signes de dollars, des étoiles de David, des croix gammées; quand on fait défiler les visages de Mandella, de Lady Di, de Colin Powell, de Jean-Paul II, et j’en passe, que l’on doit imaginer un sens à ce who’s who surfait du XXe siècle, on se dit quand même qu’on a échappé à Money, de Pink Floyd, en fond sonore.

Steven Soderbergh a été séduit et il a produit ce film qui, malgré tout, a des qualités esthétiques indéniables, l’élevant au-dessus de la majorité de la production américaine d’images. Les archives travaillées sont sublimes, certains liens thématiques ne manquent pas d’élégance. Ces mouvements organiques d’océan, d’humains, de terre et d’espace, combinés les uns aux autres à la musique de Philip Glass (souvent insupportable) ont toujours un pouvoir de berceuse. Mais au troisième opus, on commence à dégeler. Et à dormir.

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