The Matrix Reloaded : Prise femelle
Cinéma

The Matrix Reloaded : Prise femelle

C’est reparti pour un tour. La matrice est rechargée. Ça a pris quatre ans et une armée de techniciens. Et c’est à la hauteur des attentes. Un éclaircissement logique, plus sensuel. Plus féminin.

C’est plus clair. Certains y trouveront justement à redire, tant il est vrai que plus clair implique plus manichéen et moins alambiqué. L’esprit, tordu comme il est, aime généralement à voir les choses compliquées le rester. Les frères Andy et Larry Wachowski ont parfaitement développé leur univers, suivant les pistes lancées dans le premier rendez-vous avec la machine. Il faut suivre le chemin du récit pour arriver cet hiver à The Matrix Revolution, point final de ce déjà mythique triptyque. Or, dès que l’on va dans l’explication des choses, dans la démonstration, la magie souvent s’évapore. Vous aviez imaginé la ville de Zion, eh bien la voici, forcément différente. Et dès qu’on montre, on éclaircit, on affadit. Mais reconnaiss0ns qu’on pouvait difficilement faire plus compliqué que le premier…

Une chose se confirme, The Matrix est la saga qui va marquer, comme Star Wars ou Dune. Même mélange universel de philosophie, de culture ancienne, de légendes et de mythes. Même grosse soupe spirituelle d’où doivent émerger un leader guerrier, un élu noble, sa fiancée, une prophétie, une entité ennemie, une rébellion, une guerre. Là où The Matrix déjoue les évidences, c’est que tout est mis en mode binaire. Tout est machine, maths et électronique. Mais comme toutes les autres sagas finement conçues, celle-ci doit – pour être efficace – faire preuve d’un sérieux quasi pur et innocent. Et c’est là la marque de l’enfance et de l’imaginaire: on ne rigole pas avec l’imagination, ou très peu (et c’est bien amené), on y croit. Cette capacité à CROIRE ce à quoi on joue, comme des enfants dans la cour, largue les adultes qui oublient vite leurs moments de bouche ouverte devant l’incroyable, le fantastique, l’intangible et l’inconnu.

Et cette part adulte, frustrée de ne pouvoir embarquer dans l’imaginaire ainsi exposé, s’agace vite. On tique alors sur des dialogues creux faits de questions à deux sous qui valsent durant tout le film sur un vocabulaire entre "destin" et "choix"; on tique sur le déjà-vu: des décors organiques (Zion, abyssale et glauque), et la masse toujours en haillons teints à la main; sur la musique qui arrive toujours au même moment dans la scène (instant dit sérieux, à partir duquel il faut vraiment écouter, car là se trouve le sens, le message, la révélation), etc. On est irrité par une scène de rave ancestral quasi ridicule, par une foule haranguée par un leader à la rhétorique usée; par des scènes d’action qui s’éternisent, surtout quand elles font trop appel à l’ordinateur et qu’on ne reconnaît plus le visage de Néo (Keanu Reeves), et que le mouvement des corps fait vraiment jeux vidéo. Et puis, on ne voulait pas que Morpheus (Laurence Fishburne) soit plus simple et moins sombre; on ne voulait peut-être même pas voir ce qu’il y a derrière la porte lumineuse, à la source de la machine. On ne voulait pas prendre le temps d’apprécier les lunettes de Jada Prinkett Smith, et deviner la marque des voitures. Et Néo vole comme Superman! Mais quel décollage…

Car la part enfant prend le dessus. Les frères Wachowski ont réussi le pari: on sort du cinéma en voulant tourner au ralenti avec une redingote de curé. Il y a du très bon. Déjà la poursuite sur l’autoroute avec méga-carambolage et fusillade déchaînée entre les héros et deux zozos zombies hideux peut passer dans la case classique. La chorégraphie de la bataille dans un square avec les clones de l’ex-agent Smith (Hugo Wearing), c’est de la pure danse moderne et un beau moment de montage. Un plaisir. Et puis il y a les détails qui tuent. Ceux des effets spéciaux: des balles qui vrillent l’air, des transparences, des ralentis plus nets que jamais, des accélérés foudroyants, les reflets du latex et des lunettes miroir, un vaisseau statique, des teintes de lumière magnifiques, comme dans le square où le ballet curé versus clones a lieu. Mais on laisse de la place à la mise en scène et aux personnages: on aime que dans la scène de foule haranguée par Morpheus, les poings noirs pour la plupart se lèvent comme ceux des Black Panthers revenus; on aime, au milieu de cette guimauve scène de rave, les corps filmés de plus en plus serrés et collants; on aime d’ailleurs la sensualité générale de ce film (dont le premier Matrix était dépourvu), une couche animale qui colore "humainement" cette matrice. On aime aussi le côté Grand-Guignol, un peu Lex Luthor, du méchant (Lambert Wilson, ironiquement nommé Mérovingien) et de sa femme Monica Bellucci (antique, elle aussi, puisqu’elle est Perséphone). Et que dire du gardien des clés…

Bref, un opus deux qui donne envie de voir très vite le numéro trois, les à-côtés du DVD, etc., etc.

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