Monica la mitraille : Autopsie d'un mythe
Cinéma

Monica la mitraille : Autopsie d’un mythe

Figure populaire de la petite histoire du crime de Montréal, Monica Proietti entre de plain-pied dans la légende le 19 septembre 1967 alors qu’un jeune policier l’abat de deux balles dans la poitrine. Depuis ce jour, cette version féminine de Robin des Bois n’a pas cessé de hanter notre imaginaire. Mais qui était réellement cette jeune braqueuse de banques?

Chantée par Dan Bigras, puis devenue personnage de roman sous la plume de Georges-Hébert Germain, qui lui donna le nom de Sparvieri, Monica la mitraille reprend vie sous les traits de Céline Bonnier dans le premier long métrage de Pierre Houle. Ayant d’abord refusé l’offre en raison de l’âge du personnage, Céline Bonnier s’est inclinée devant l’insistance du réalisateur qui ne voyait qu’elle pour incarner ce rôle riche et complexe.

Au bout du téléphone, la voix de la comédienne est douce, le ton, posé: "Monica est une espèce de Bonnie Parker, qui est restée dans notre imaginaire. De père italien, elle s’occupait beaucoup de sa famille, de ses trois enfants, elle était fidèle aux gens qu’elle aimait. Elle était jeune, avait beaucoup d’énergie, on l’appelait le gars de la gang. C’était une bonne vivante, très charnelle; ses hommes l’aimaient beaucoup. J’imagine qu’elle avait une aura imposante. En peu de temps, elle a fait beaucoup de vols de banque avant de se faire prendre."

Un tel personnage doit être inspirant pour une actrice, Monica étant tantôt très féminine, tantôt tomboy, voire androgyne… "Sur les photos de Monica, on remarque que le côté masculin s’installait dans ses traits, ses yeux et sa façon d’agir, car elle gérait de plus en plus ses propres coups; elle était très brillante. Dans le film, on passe de l’adolescente tomboy à la fille sans morale, c’est toujours intéressant de se promener dans un éventail aussi riche."

Écrit par Luc Dionne et Sylvain Guy, porté par la musique de Michel Cusson, Monica la mitraille de Pierre Houle (Omertà , Tag et Bunker, le cirque) raconte les 10 dernières années de la vie de la légendaire cambrioleuse. Née en 1940 dans une famille pauvre du Red Light, aujourd’hui le quartier Centre-Sud, Monica Sparvieri (Céline Bonnier) fraye très tôt avec le milieu criminel. Danseuse et prostituée dès l’adolescence, elle épouse à 17 ans Michael Burns (Frank Schorpion), un spécialiste en perçage de coffres-forts, avec qui elle aura deux enfants.

Lorsque vous jouez un personnage réel, comme Sylvia Plath au théâtre ou la mère des jumelles Dionne pour la télévision, sentez-vous une part de responsabilité? "Tout ce qui entoure la véracité des faits concerne la production; le personnage reste le domaine de la comédienne. On s’inspire de ce que l’on connaît du personnage et on essaie de faire de la psychologie 101 (rires). Monica la mitraille a été très médiatisée, mais en tant que légende. Consciemment, on ressent une certaine responsabilité, mais en commençant à jouer, il faut oublier tout ça."

Son mari en prison, Monica doit subvenir aux besoins de sa famille. Malgré les réticences de son amant Gaston Lussier (Patrick Huard), Monica prend part aux vols de banque que ce dernier organise jusqu’à ce qu’il écope de 10 ans de prison. Avec son dernier amour, Gérald Simard (Roy Dupuis), la jeune femme de 27 ans, surnommée Monica la mitraille par la presse francophone et Machine Gun Molly par le journaliste Tim Burke de la Gazette, réalise d’audacieux vols de banque. Le dernier lui sera fatal.

Debbie Burns, qui avait 8 ans lorsque sa mère a été abattue, tenait à assister à la dernière scène du film; comment s’est déroulée la rencontre avec la fille de Monica? "Ç’a été une rencontre très importante pour moi. J’essayais de la scruter au fond des yeux pour toucher à la fibre qu’elle avait de Monica. Elle est très respectueuse, très douce, très gentille. Nous étions très proches l’une de l’autre; chaque fois que je la rencontrais, j’étais très fébrile. Elle avait une soif de reconnaître sa mère. La dernière scène a été très intense pour nous deux."

En voyant Monica sans défense abattue sauvagement par les policiers, force est de nous demander si l’on n’a pas voulu prouver qu’elle aurait été victime du machisme des policiers ou, du moins, d’une bavure policière: "C’était les années 60, avance la comédienne, il y avait un certain machisme chez les policiers, mais je ne veux pas juger celui qui l’a tuée. Chacun a sa version des faits; tout ce que l’on sait, c’est qu’elle était très baveuse et qu’ils parlaient d’elle de façon très vulgaire. Elle narguait les policiers, leur crachait au visage, mais elle n’a jamais tué personne… pas à ce qu’on sache, du moins. On se demande donc pourquoi elle a été victime d’un geste aussi drastique. Mais à cause d’Expo 67, Jean Drapeau avait exigé de nettoyer la ville des criminels, j’imagine qu’elle n’a pas été la seule à passer par le balai…" À nous d’en juger dès le 30 avril.