

Monica la Mitraille : Requiem pour une belle braqueuse
Manon Dumais
Dans Souvenirs de Monica, biographie romancée de Monica la Mitraille, Georges-Hébert Germain brossait le portrait d’une famille peu ordinaire: les Sparvieri, criminels de père en fils ou, devrait-on dire, de grand-mère en petite-fille. À travers cette saga familiale campée dans le Red Light, le journaliste-romancier faisait revivre tout un pan de l’histoire de Montréal. Une œuvre touffue que les scénaristes Luc Dionne (Omertà , Le Dernier Chapitre, Tag) et Sylvain Guy (Liste noire) ont condensée avec brio, tout en prenant quelques libertés avec le récit original, sans pour autant le dénaturer. Pour les besoins du premier long métrage de fiction de Pierre Houle, celui qui a donné à la télévision ses lettres de noblesse grâce à des télé-séries audacieuses comme Omertà , Tag et Bunker, le cirque, les auteurs se sont concentrés sur la vie sentimentale de la célèbre cambrioleuse. Que ceux qui craignent une bluette sur fond de vols de banques ou un drame policier racoleur se rassurent: au-delà du portrait énergique d’une jolie criminelle sans foi ni loi, Monica la Mitraille s’avère une chronique vivante d’une nation en ébullition.
Le film débute avec fracas. Nous sommes en 1957, le Québec vit les dernières années de la Grande Noirceur et le Red Light, ses dernières heures, alors que l’on démolit les taudis abritant les familles qui devront s’entasser dans les Habitations Jeanne-Mance. Marchant parmi les débris, la fière Monica (Céline Bonnier) se plaît à narguer les policiers en minaudant. Âgée de 17 ans, la jeune fille refuse le sort que l’on réserve aux femmes dans le milieu criminel, c’est-à-dire celui de n’être qu’un morceau de peau que l’on maltraite, comme sa pauvre cousine Sylvana (bouleversante Isabelle Blais). Mariée très tôt au gentleman-cambrioleur Michael Burns (convaincant Frank Schorpion) qui ira bientôt en prison, Monica doit prendre sa vie en main. Se succéderont alors deux amants avec qui elle goûtera aux plaisirs du cambriolage: le premier, Gaston Lussier (sobre Patrick Huard), un braqueur de banques méthodique; le second, Gérald Simard (Roy Dupuis, égal à lui-même), une tête brûlée.
À travers le personnage emblématique de Monica, Pierre Houle raconte en filigrane une période fascinante de l’histoire du Québec. Durant la Révolution tranquille, la jeune femme s’épanouit et trouve sa vocation. Mais au moment où le Québec s’ouvre sur le monde avec l’Expo 67, le maire de l’époque, Jean Drapeau, voudra donner de Montréal l’image d’une ville propre et sans reproche. Exit, donc, les malfrats et la pauvreté. Réalisé avec une grande assurance, Monica la Mitraille propose un parfait équilibre entre l’émotion et l’action – même si l’on connaît l’issue tragique du récit, on vit des moments de réelle tension -, dont les passages les plus violents sont allégés par une bonne dose d’humour. On ne saura jamais qui était Monica la Mitraille tant les versions diffèrent. D’ailleurs, ni les scénaristes ni le réalisateur ne prétendent avoir cerné la vérité. Cependant, ils donnent à cette mystérieuse fabrication des médias un visage humain et complexe, tandis que l’excellente Céline Bonnier brille de mille feux dans le rôle de la célèbre braqueuse.
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