Maria Full of Grace : Enfer et rédemption
Cinéma

Maria Full of Grace : Enfer et rédemption

Premier long métrage de Joshua Marston, Maria Full of Grace (Maria, llena eres de gracia) s’inspire de tristes faits réels. En Colombie, des gens de tous âges, plus particulièrement des jeunes filles de familles pauvres, servent de passeurs aux caïds de la drogue. Communément appelées mules, elles transportent de l’héroïne sous la forme de comprimés de dix grammes, d’une soixantaine à une centaine à la fois, selon la taille de la personne, dissimulés dans leur estomac.

S’étant fortement documenté sur le sujet, le jeune cinéaste livre un drame bouleversant réalisé dans un style sobre: "Je crois que l’histoire de Maria est déjà très difficile, explique-t-il au téléphone, je ne pense pas qu’elle ait besoin d’artifices cinématographiques ou pyrotechniques; la meilleure façon pour moi de faire connaître cette histoire, c’est en la racontant simplement." Soutien financier de sa famille, Maria (remarquable Catalina Sandino Moreno), impétueuse adolescente de 17 ans, quitte son emploi dans une plantation de roses et son petit ami, qui lui a fait un enfant, parce qu’elle croit qu’un meilleur destin l’attend. Un soir, elle rencontre Franklin (John Alex Toro) qui lui propose de passer de l’héroïne à New York pour une forte somme. Au péril de sa vie et de celle de son bébé, la jeune fille accepte.

Évitant de se complaire dans le sordide ou le pathos, Marston relate avec respect le parcours initiatique de la jeune Colombienne: "Mon but est d’humaniser ces trafiquantes de drogue, de faire comprendre pourquoi elles prennent des décisions aussi risquées. Par cette approche humaniste, je voulais que les gens ressentent de la sympathie pour elles, que nous comprenions que leurs décisions trouvent leur réponse dans les problèmes socioéconomiques qui frappent la Colombie."

Par souci de réalisme, le réalisateur américain a même tourné en espagnol, retravaillant les dialogues après quelques séances d’improvisation effectuées avec les acteurs afin de reproduire fidèlement le langage courant. Conscient que le film amène à la réflexion, Marston se défend cependant d’avoir voulu sonner l’alarme, mais souhaite tout de même faire avancer la situation: "La première dame de la Colombie a organisé deux projections au palais présidentiel pour les politiciens. Le directeur de l’Office national du contrôle des drogues tente également d’organiser une projection et un forum de discussion avec l’ambassadeur de la Colombie à Washington. D’après la réaction des gens en Colombie, le film est un bon point de départ pour engager la discussion."

Des quatre mules envoyées à New York, l’une d’elles connaîtra une fin tragique, alors qu’une autre verra se profiler un avenir meilleur. Est-ce dire qu’il y a une lueur d’espoir pour la jeunesse colombienne? "Les jeunes ont plusieurs choix, raconte Catalina Sandino Moreno. Par exemple, Maria avait le choix d’aller travailler à Bogota. Évidemment, cela dépend beaucoup des classes sociales, les gens n’ont pas tous les mêmes occasions. Venant de la classe moyenne, j’ai eu la chance d’étudier. Je suis la preuve vivante que les jeunes peuvent s’en sortir; grâce à l’argent que j’ai fait avec le film, j’ai décidé de m’installer à New York pour étudier le théâtre."

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