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Denys Arcand : On est au coton
Cinéma

Denys Arcand : On est au coton

Tout le monde connaît Denys Arcand. Tous ne connaissent pas son œuvre. La Cinémathèque québécoise se chargera de combler cette lacune.

Au-delà des nombreux prix remportés, des acclamations et des dithyrambes provoquées par Les Invasions barbares, Jésus de Montréal et Le Déclin de l’empire américain, Denys Arcand reste un cinéaste important de notre cinématographie nationale. Il s’agit d’un cinéaste dont la renommée d’aujourd’hui ne doit faire oublier ni les difficultés ni l’acuité sociale et politique d’hier. La chance nous est maintenant donnée par la Cinémathèque québécoise de voir ou de revoir les premiers films documentaires et de fiction de Denys Arcand, avant que celui-ci ne s’engourdisse depuis quelques années dans le confort et l’indifférence.

La rétrospective que présente la Cinémathèque du 13 octobre au 15 décembre nous offre un panorama complet de l’œuvre du cinéaste, à commencer par son premier film, Seul ou avec les autres (1962), une réalisation étudiante qui, en pleine mode du cinéma-vérité, doit beaucoup à l’esthétique improvisée des films de Jean Rouch. À ce moment-là, Denys Arcand, étudiant en histoire à l’Université de Montréal, ne nourrissait pas encore le désir de devenir cinéaste. C’est seulement à la suite d’une proposition de Jean Dansereau, directeur de production à l’ONF, qui l’invitait à faire de la recherche sur l’histoire du Canada en vue d’une série de films célébrant le centenaire de la Constitution, qu’Arcand s’intéressa à la scénarisation et à la réalisation. Les documentaires Champlain (1963) et Les Montréalistes (1964) sont tous deux encore fortement imprégnés par la pensée historique universitaire qui ne quittera définitivement la poétique de l’auteur au profit d’un discours social qu’à partir de Montréal, un jour d’été (1967).

Documentaire critique et polémique sur les ouvriers du textile, On est au coton (1970) marque un tournant dans l’œuvre d’Arcand. Ce film ouvre sur une série d’œuvres sociales et politiques, dont Le Confort et l’Indifférence (1981) constitue à maints égards un véritable accomplissement, tant sur le plan du discours que sur celui de la forme. Entre ces deux œuvres- phares, Arcand mettra en scène des fictions dont l’esprit social et politique doit beaucoup à son passage par le documentaire. De la violence qui enserre le quotidien des démunis dans La Maudite Galette (1972) au désœuvrement des ouvriers dans Gina (1975) en passant par la cruauté du monde politique dans Réjeanne Padovani (1973), la fiction de Denys Arcand observe le monde en se gardant bien de dissimuler ses vicissitudes morales.

Tous ces films et bien d’autres constituent bel et bien une "mise en situation" (Pierre Véronneau) de l’œuvre d’Arcand, laquelle ne se limite pas aux succès sur lesquels s’appuie la reconnaissance qu’on lui connaît aujourd’hui. Aussi, peut-être plus qu’une simple rétrospective, ce programme permet en outre de juger de l’importance du documentaire et de l’improvisation dans la cinématographie d’un cinéaste auquel on accorde surtout un réel talent d’écriture. Cet événement sera également l’occasion pour la Cinémathèque de souligner la sortie du livre que Réal La Rochelle consacre au cinéaste (le mercredi 13 octobre, à 17 h). www.cinematheque.qc.ca.

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