Catherine Pogonat : Autre fréquence
Cinéma

Catherine Pogonat : Autre fréquence

Pendant quatre ans, elle a été la voix de Bande à part, défunte émission de la Première Chaîne consacrée aux nouvelles musiques. Plus qu’une voix, elle est devenue, par la bande, porte-parole d’une certaine diversité musicale. On  l’écoute.

Catherine Pogonat

faisait jouer des pièces de Daniel Boucher et des Cowboys Fringants avant que tout le monde en parle. Et bien avant qu’Hawaïenne devienne le ver d’oreille officiel du Bas-Canada, elle enregistrait une émission-hommage de trois heures avec Les Trois Accords. Cet automne, elle est à la barre d’une émission à la nouvelle chaîne Espace musique (le vendredi de 10 h à 12 h) dans laquelle elle rencontre chaque semaine un artiste du terroir, qui lui soumet son choix musical. Elle anime aussi la nouvelle saison de Silence, on court!, à ARTV (dès le vendredi 12 novembre à 16 h, en reprise le samedi, 18 h), en plus de parler de nouvelle musique à l’émission Porte ouverte (Première Chaîne). Oui, l’animatrice de 28 ans a de l’influence. "Cela fait à peu près un an que je réalise quel rôle je joue pour les artistes et comment ils me perçoivent, dit-elle. Récemment, un gars des Breastfeeders m’a dit: "Ce qui est l’fun, c’est que tu fais bien ton métier, mais tu luttes aussi pour nous. T’es une combattante et ça fait vraiment du bien, ce que tu fais.""

Celle qui n’aime pas particulièrement les ballades convergentes et les tounes mal écrites prend en revanche un malin plaisir à partager son amour pour la musique en marge. "J’ai beaucoup d’admiration pour les artistes qui se battent pendant plusieurs années, qui gagnent très mal leur vie, mais qui continuent tout de même à faire leur musique. Ces gens-là me fascinent et tant mieux si je peux les aider."

Qu’a-t-elle à dire à propos d’Espace musique, la station qui a remplacé la Chaîne culturelle cet automne et qui a connu une naissance sur fond de critiques de la part d’une poignée d’auditeurs frustrés par l’amputation de la musique classique? "C’est le mandat de Radio-Canada de parler aux gens, et la Chaîne culturelle parlait à de moins en moins de gens. Il fallait donc agir, simplement pour faire une radio utile. C’est sûr que c’est une radio qui ne s’adresse plus seulement aux amateurs de musique classique. Mais en même temps, donner de la place aux musiques émergentes, à la nouvelle chanson, au jazz, aux musiques du monde et à des musiques qui n’ont pas de diffusion, c’est le rôle d’une radio publique."

DE MONCTON À MONTRÉAL

Née d’un père roumain et d’une mère québécoise, Catherine Pogonat ne se destinait pas à l’animation. "Quand j’étais au cégep, je voulais devenir comédienne, puis j’ai changé d’idée. J’aimais beaucoup le théâtre, mais je voulais davantage m’adresser à des gens et exercer un métier où il y aurait, oui, de la création, mais où je pourrais dire mes propres affaires." Après une dérive en littérature à l’UQÀM, elle décide de s’exiler à Moncton pour faire un baccalauréat en communication. Là-bas, elle découvre sa voie. "C’est lorsque j’ai fait de la radio universitaire pour la première fois que j’ai vraiment su que c’était l’animation qui me faisait triper." À l’époque, une émission de musique alternative était produite à Moncton par la radio de Radio-Canada: Bande à part. "Les gens de Bande à part m’ont entendue à la radio universitaire et m’ont offert de passer une audition pour remplacer l’animateur pendant ses vacances. C’est ainsi que j’ai commencé à Bande à part, en 1998, à Moncton. D’animatrice de remplacement, je suis devenue chroniqueuse et animatrice à plein temps vers l’an 2000." Entre-temps, l’émission phare déménageait à Montréal, comme son animatrice. Plus qu’une émission radiophonique, Bande à part aura son extension Web et même un pendant télévisé (sur ARTV).

Si Catherine Pogonat est constamment à l’affût des dernières tendances musicales, elle garde tout de même un petit côté givré. Elle a honte de le dire, mais elle lit Paris Match. Elle est aussi une groupie qui voue un culte à R.E.M. (dont elle a déjà été membre du fan-club), et pour elle, une journée morose démarrera sur les chapeaux de roues avec un tube des Jackson Five. Politiquement parlant, elle est une ex-souverainiste qui a plus d’atomes crochus avec la gauche. En fait, la droite lui fait tout simplement peur: "J’ai peur de Mario Dumont. J’ai du mal à le regarder en entrevue parce qu’il me dérange pour vrai. J’ai peur de ses idées, mais aussi du personnage. Pour moi, c’est presque comme voir un monstre à la télé dans un mauvais film de série B." Dans la même veine, elle n’hésite pas à exprimer son exaspération devant Pierre Karl Péladeau, même si elle sait que ce faisant, elle se bloque probablement à jamais les portes de l’Empire. "Je m’intéresse très peu à la rentabilité des choses, vendre des produits et faire de l’argent avec. Je trouve que Pierre Karl Péladeau a une vision très mercantile des arts. Je considère que c’est la dernière façon de regarder une œuvre artistique. Ça me fait chier."

CRÉATURES COMMERCIALES

Le 26 septembre dernier se tenait au Spectrum la soirée Sacré talent!, animée par devinez qui. Le concept? Un jury avait sélectionné, parmi 148 chanteurs ou groupes d’ici, 12 artistes que l’on a entendus dans un Spectrum plein à craquer. Leurs chansons sont maintenant diffusées sur Espace musique et leurs disques jouissent d’une belle visibilité dans les présentoirs chez certains disquaires. "Sacré talent! a été un momentum dans ma carrière, dit la grande brune animatrice. C’était la première fois que j’animais et que je voyais un événement comme celui-là."

Mais comment ne pas lier la petite synergie de Sacré talent! à la synergie tant décriée des autres? "Ce n’est pas le même principe que Star Académie, se défend Catherine Pogonat. À Sacré talent!, il n’y avait pas d’éliminations ni de gagnants. L’objectif était de donner à de jeunes artistes une plate-forme de diffusion un peu plus grosse, un peu plus vue, un peu plus médiatisée. La radio communautaire est une porte d’entrée écœurante pour ces groupes-là, mais elle a quand même ses limites. En ce sens, c’est peut-être une réponse à Star Académie, mais une réponse qui tente davantage de montrer qu’il y a de la diversité au Québec."

D’ailleurs, entre l’américanisation de la musique, le piratage et les créatures commerciales, Catherine Pogonat choisit cette dernière option lorsqu’on lui demande ce qui représente la plus grande menace pour la musique québécoise. "Quebecor nous bombarde de tous bords, tous côtés par des magazines, des publicités, des panneaux. Ils ont des tentacules partout et un vrai contrôle chez les disquaires. Tout ça n’offre finalement qu’une seule vision de ce qui se fait ici. Les gens qui aiment la musique sans être mélomanes ou sans consulter les magazines plus alternatifs, à quoi ont-ils accès? À une seule chose, à un seul son, à une seule parole qui finit par représenter la Parole ultime. À mon sens, c’est comme une religion, finalement…"

Et Catherine Pogonat est athée. "Même si ça peut avoir l’air spirituo-mocheton, je crois en moi et en ceux qui sont autour de moi." Et ceux qui l’entourent le lui rendent bien. Parce que si le dernier Gala de l’ADISQ a su donner plus de place aux nouveaux talents et montrer des visages moins connus, c’est entre autres parce que des groupies comme Catherine Pogonat s’obstinent à célébrer la pluralité des musiques au Québec.