Enduring Love : Je t'aime, je t'aime
Cinéma

Enduring Love : Je t’aime, je t’aime

Avec Enduring Love, Roger Michell, réalisateur des films à succès Notting Hill et The Mother, se lance dans le thriller philosophique. Un risque calculé dont le résultat est plus que satisfaisant.

Bien que le film débute dans le charme bucolique de la campagne anglaise, et malgré le romantisme qu’une telle scène suppose du fait qu’il s’y déroule un pique-nique entre amoureux, Enduring Love de Roger Michell n’en déplace pas moins habilement l’ambiance idyllique d’une telle partie de campagne vers une forme subtile d’inquiétante étrangeté. Joe Rose (Daniel Craig), séminariste universitaire persuadé que tout s’explique par la raison scientifique, profite de ce soleil d’après-midi avec sa compagne Claire (Samantha Norton), artiste sculpteure dont l’intérêt pour les visages d’autrui agace quelque peu l’orgueilleux Joe. Mais au moment où le couple s’apprête à trinquer, une montgolfière rouge sang traverse derrière eux le paisible paysage et semble manifestement en proie à de graves difficultés. De la nacelle, un jeune garçon en panique demande du secours. Suit derrière le ballon un homme, Jed (Rhys Ifans), qui tente par tous les moyens de retenir l’engin au sol. Joe, suivi de deux autres hommes de passage, court prêter main forte à Jed. Alors que le groupe croit le ballon sous contrôle, un vent soudain emporte celui-ci et provoque la mort affreuse et icarienne d’un des bons samaritains.

Cet incident, ainsi que le hasard éolien tragique qui l’a provoqué, emplit de remords et bouleverse Joe à un tel point qu’il en vient même à douter de sa propre raison et de ses a priori scientifiques. Pourquoi l’homme décédé n’a-t-il pas lâché prise au bon moment? Quelles raisons peuvent justifier la mort de cet homme? Tant de questions hantent Joe que ce serait déjà suffisant dans ce récit cinématographique s’il prétendait proposer une philosophie du destin, voire une amusante critique de la gravité. Or Roger Michell, dont l’œuvre s’inspire du roman à succès de Ian McEwan, fait également, et surtout, se rencontrer Joe et Jed. Jed, sombre mais amusant désaxé mystique, éprouve tout à coup un profond amour pour Joe, lequel comprend mal la soudaine et inquiétante attention dont il est l’objet. Aussi, Joe réussit-il difficilement à situer sa raison entre l’amour indéfectible que lui voue ce sympathique déséquilibré, et la précarité amoureuse qui altère lentement mais sûrement son couple. Quel amour est préférable l’autre?

Enduring Love n’est certes pas un film d’amour, mais un film sur l’amour, ou mieux, sur les amours. Assurément, Roger Michell a fort bien réussi le pari d’intégrer à ce divertissant thriller psychologique les ingrédients philosophiques lui permettant de poser des questions métaphysiques que l’auteur Ian McEwan se proposait d’exposer dans son roman, en évitant toutefois de faire crouler le récit sous le poids de rebutants concepts et d’interminables palabres. Aussi nous revient-il en partie le loisir d’interpréter, au travers l’apparente sobriété de la mise en scène, ce que dissimulent la singularité des événements ainsi que les étonnants agissements des protagonistes. Les nombreux non-dits, le rythme fluide du montage et le jeu décalé et fort à propos de Rhys Ifans concourent à faire d’Enduring Love un film intelligent et épuré. Malgré une conclusion post-générique ridicule qu’on devine imposée par la production, ce film de Roger Michell possède un réel attrait qui nous fait un instant oublier l’eau de rose qui n’avait cesse de se déverser de Notting Hill.

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