Michel Coulombe : Décollage pour l'imaginaire
Cinéma

Michel Coulombe : Décollage pour l’imaginaire

Entretien avec Michel Coulombe, programmateur à l’émission Silence, on court!, diffusée sur ARTV et sur le Web.

Rappelez-nous le contexte dans lequel Silence, on court! a vu le jour.

"Le projet est né il y a un peu plus de trois ans, à Radio-Canada, au moment de la naissance d’ARTV. L’idée était de créer une émission de télévision et d’y jumeler ce nouvel outil de diffusion qu’est le Web, dans le but de multiplier les possibilités de diffusion du court métrage. Ça s’est révélé être la bonne formule, puisqu’on a gagné sur les deux tableaux. Sur notre site Web, il y a 200 000 visionnements par année!"

Le milieu du court métrage a-t-il changé depuis la création de l’émission?

"Oui, mais ce n’est pas dû exclusivement à l’émission. Aujourd’hui, la situation n’a plus rien à voir avec celle d’il y a trois ans. Il y a maintenant un réel engouement pour le court métrage. Il y a plusieurs festivals, de nouvelles cellules Kino naissent régulièrement, les films se multiplient… il y a une effervescence sur tous les terrains. Un peu partout au Québec, des gens ont pris en main la diffusion. C’est le principe même des soirées Kino. À cela s’ajoute aussi ce grand mouvement de démocratisation des moyens de production qui aura forcément des suites. Le court métrage a maintenant trouvé une souplesse qui lui permet de rejoindre tous ses publics. Les gens se découvrent un intérêt et une passion pour le court métrage, simplement parce qu’ils y ont maintenant accès. Silence, on court! participe à ce mouvement. Avec notre présence hebdomadaire à la télévision, on a un peu une fonction de vaisseau amiral."

Parlez-nous de votre travail de programmateur pour Silence, on court!.

"Je dois bien voir 1000 courts métrages par année. Puisqu’on est à la télévision francophone, je vise en priorité les courts métrages en français ou sans paroles. Pour faciliter l’animation et le rapport que le spectateur entretient avec l’émission, je regroupe les films par thèmes. Ceci permet de passer au-delà du simple visionnement des films les uns à la suite des autres, ce qui est le problème du court métrage. Avec des liens sous-jacents, il est possible de faire un tout plus cohérent. C’est ce qui fait la force de l’émission."

Quel portrait faites-vous du court métrage québécois actuel?

"Il y a deux mouvements parallèles. D’abord des productions sur support film, réalisées avec les moyens que les institutions mettent à la portée des jeunes cinéastes. Ces films, très léchés, sont des cartes de visite dans un parcours professionnel. Parallèlement, il y a une autre mouvance, très plurielle, de films très libres, fauchés, tournés en Mini DV. Ce qu’on constate de la génération actuelle, c’est qu’elle se permet de "décoller" tout naturellement dans l’imaginaire. Je le remarque dans le programme Québécois tout court, actuellement en tournée au Québec. Les six films de ce programme partent de gestes du quotidien puis basculent dans l’imaginaire: on se rend chez le médecin et on se met à imaginer la vie des autres patients, on va dans sa grange et on rencontre Dieu. Cette façon de quitter l’hyperréalisme est propre, je crois, à la jeune génération." www.silenceoncourt.tv