

RIDM : Le tour du monde en 10 jours
La 7e édition des RIDM présente une sélection de films riche et étonnante.
Vanessa Quintal
Le documentaire a le vent en poupe. Serions-nous en mal de visions plus intimes, plus approfondies sur notre monde en constante mouvance? La 7e édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, sous le thème de "Récits du monde", pourra sans doute en rassasier plus d’un en présentant 99 films provenant de 20 pays. Le monde s’offre à nous…
Commençons par la France, puisque les Rencontres s’ouvriront avec La vie comme elle va de Jean-Henri Meunier, des producteurs de Les Choristes, Jacques Perrin et Christophe Barratier. Le film montre la réalité décalée de Najac, petit village en Aveyron, où les habitants partagent une douce folie qui touche et émeut. Une autre région de France, cette fois la Bourgogne, s’offre aussi à nous avec En attendant la pluie de la Québécoise Catherine Veaux-Logeat. Ce portrait nous dévoile une vieille dame attachante qui se raconte par des journées de chaleur torride et qui, nous l’apprendrons plus tard, tuera cet été-là de nombreuses personnes âgées. Les passagers d’Orsay, quant à lui, nous emmène à Paris. La réalisatrice Sandra Kogut a eu la merveilleuse idée de demander aux visiteurs du Musée d’Orsay si elle pouvait les filmer devant leur œuvre préférée. Ce point de départ donne lieu à des rencontres intrigantes, drôles, parfois même émouvantes. Un film coup de cœur.

Puis, de la France nous partons avec Jean Rouch vers l’Afrique, sa terre de prédilection. Décédé au début de cette l’année, l’ethnologue à la caméra au poing recevra un hommage spécial afin de souligner son immense contribution à l’art documentaire. Ainsi, huit films de, avec ou sur lui, sont au programme, dont Jean Rouch et Germaine Dieterlen – L’Avenir du souvenir, tourné en 2003 lorsque Rouch se rend au Mali, au pays des Dogons, afin que son mentor, Germaine Dieterlen, puisse être enterrée selon les funérailles traditionnelles de la tribu. Malheureusement, Rouch, décédé entre-temps, ne put y assister. Un film touchant sur la relation d’amitié entre ce peuple "étudié" et ses observateurs, devenus des membres à part entière du peuple Dogon. Conversations with Jean Rouch d’Ann McIntosh est pour sa part beaucoup plus anecdotique, voire brouillon. Il rassemble divers bouts de rencontres avec le cinéaste, de moments au soleil, de conférences, mêlant l’intéressant au futile. Figure également dans cette petite rétrospective une entrevue méconnue que Jean Rouch accorda à René Lévesque, en 1960, pour l’émission Premier plan. À découvrir.
Visitons l’Italie avec Rice Girls de Matteo Bellizzi. De vieilles femmes ayant travaillé dur à l’émondage et au repiquage du riz dans les années 1930, dans le Piémont, retournent sur les lieux de cette difficile existence et se souviennent… Un film magnifique, fort bien réalisé, sur la force incroyable et la joie de vivre contagieuse de ces femmes des rizières. Le voyage en Italie se poursuit avec Détour de Seta du réalisateur Salvo Cuccia, qui s’est penché sur l’œuvre de Vittorio De Seta, grand réalisateur de documentaires et de fictions. Film à demi réussi et aride, pour ceux qui ne sont pas familiers avec ses œuvres. De l’Italie, nous partons vers l’Argentine pour un voyage tragique. Justice In Time of War raconte la triste histoire de Giacomo Turra, un étudiant italien mort en 1995, en Colombie, par la suite de brutalités policières. D’un côté, les témoignages poignants de sa famille, de l’autre l’état de délabrement de la Colombie actuelle. Entre les deux, le film nous offre les écrits poétiques du jeune Giacomo et les réflexions philosophiques des indigènes des forêts tropicales colombiennes. Un douloureux poème.
Reprenons la route vers l’Amérique du Nord, en bateau cette fois. Continuous Journey, du Canadien d’origine indienne Ali Kazimi, relate un événement sombre et peu connu de l’histoire du Canada. En 1914, à Vancouver, les autorités canadiennes ont refusé de laisser descendre d’un paquebot 376 passagers indiens, pourtant "sujets de sa Majesté". Incroyablement fouillé, avec un visuel riche et habilement travaillé, le film s’est mérité une mention honorable aux derniers Hot Docs.
Revenons au bercail en compagnie de Guatémaltèques et de Bosniaques avec Les Élias et les Pétrov… pendant sept ans, un documentaire de trois heures et demie, d’Yves Dion, sur l’intégration des réfugiés à la société québécoise. À travers des yeux étrangers, ce film a l’effet d’un fascinant miroir. Dans la section Nouveaux regards du Québec, nous retrouvons, entre autres, L’homme et la montagne du jeune cinéaste Julien Fréchette, un portrait intimiste d’un ex-militaire canadien atteint du syndrome de la guerre du Golfe.
Plus qu’un simple festival, les RIDM se veulent avant tout un lieu d’échanges; y foisonnent donc des tables rondes, des conférences, des classes de maîtres (avec les cinéastes Bernard Émond, Claire Simon et Ron Mann et le directeur photo Michel La Veaux), des projections-débats, ainsi qu’un forum intitulé Cinéastes du réel : quelle formation pour quel métier?. À ne pas manquer du 11 au 21 novembre, à la Cinémathèque québécoise, au cinéma ONF et à l’Université Concordia. www.ridm.qc.ca.
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