À la petite semaine : Atmosphère, atmosphère…
Cinéma

À la petite semaine : Atmosphère, atmosphère…

À la petite semaine, de Sam Karmann, est un film très français, avec des atmosphères qui ont du caractère et des dialogues savoureux croqués par des acteurs magnifiques.

Au resto-bar chez Roger de Saint-Ouen, aux portes de Paris, une faune bigarrée s’agite. Quelques hommes attendent impatiemment le retour de Jacques (Gérard Lanvin), qui sort d’un autre séjour en prison, pour braquage. Mais cette fois, à 50 ans, c’est la dernière, il se l’est juré. Désormais, sa vie sera différente. À l’attendre, il y a Francis (Jacques Gamblin) et Didier (Clovis Cornillac), deux loubards plus jeunes, à tous points de vue. Impatients, agités, fauchés et désespérés, ils ne voient plus la lumière au bout du tunnel. Il leur faut de l’argent et le bonheur qui vient avec lui… tout de suite! Aussi, ils sauteront sur la prochaine occasion qui se présentera, même si elle ne vaut rien. Après tout, le maître braqueur est de retour. Et il ne saurait dire non aux copains.

Réalisé par Sam Karmann, À la petite semaine est un petit film remarquable. Riche d’une belle humanité, il propose un regard écorché mais tendre sur des marginaux confrontés aux moments décisifs de leur existence. Parfois pittoresque, souvent intense, le film respecte le genre dans lequel il s’inscrit, sans jamais sombrer dans le convenu ou le banal. Écrit avec Désir Carré (ancien prisonnier devenu acteur; il est de la famille artistique de Jean-Pierre Bacri), le scénario propose un regard à la fois affectueux et rude, amusant et dur sur des hommes, petits et grands, en quête de sens et d’équilibre. Dans la vie, il y a ceux qui savent suivre le mouvement et les autres qui perdent pied et tombent. Sans pour autant être des losers, les protagonistes d’À la petite semaine sont de ceux qui n’ont pas su comprendre le mouvement et qui, désemparés, se laissent finalement happer.

Karmann et Carré ont réussi à créer un univers riche (qui rappelle à certains égards la sensibilité du réalisme poétique) grâce à des personnages coriaces, des situations souvent singulières et, surtout, des dialogues exceptionnels. Après Kennedy et moi, qui avait fait belle impression, le réalisateur Sam Karmann s’impose de plus en plus comme un auteur sur lequel il faudra désormais compter. Sa direction d’acteurs est ici toujours juste, sa mise en scène d’une grande précision.

Vedette "officielle" du film, Gérard Lanvin reste discret. Bizarrement, son personnage, énigmatique et quelque peu distant, n’a finalement pas d’influence réelle dans l’histoire. En fait, Karmann semble plutôt avoir compté sur Gamblin (toujours très bien) et l’étonnant Cornillac (inquiétante boule d’énergie qui menace d’exploser à tout moment) pour donner au film rythme, relief et intensité. Modeste dans la forme mais profondément sincère dans son propos, À la petite semaine est un film très réussi que les amateurs du genre devraient saisir au vol.

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