Melinda & Melinda : Double jeu
Cinéma

Melinda & Melinda : Double jeu

Dans Melinda & Melinda, sa livraison annuelle, ce bon vieux Woody s’amuse à raconter deux fois la même histoire. Ça doit être l’âge…

Est-ce l’habitude ou la nécessité qui pousse Woody Allen à tourner un film annuellement depuis bientôt 30 ans? Régulier comme un coucou helvète, le cinéaste binoclard ne manque jamais à l’usage, allant même jusqu’à livrer deux œuvres les années où les astres conspirent en sa faveur.

Allen confie que les idées lui viennent en quantité industrielle et qu’il manque de temps pour les exploiter toutes. On lui suggérera de refiler les flashs mineurs à des sous-traitants, qui les exploiteraient sous la bannière Allen. Le réalisateur de Zelig, de son côté, aurait davantage de temps à consacrer aux longs métrages plus porteurs. Telle cette cuvée 2005, baptisée Melinda & Melinda, née d’une réflexion intéressante mais accouchée prématurément – comme bon nombre de Woody récents…

M&M débute sur une discussion autour d’une table d’un resto new-yorkais. Là, quatre amis se fendent de considérations philosophiques sur l’essence de la vie. Pour l’un d’eux, l’existence est à envisager sous l’angle de la tragédie. Pour un autre, au contraire, seule la comédie nous permet de bien saisir l’expérience humaine.

Une anecdote relatée par un troisième convive permet à ses copains de développer leurs points de vue respectifs. Une jeune femme confuse, Melinda (Rhada Mitchell, excellente), débarque à l’improviste chez des gens qui donnent un dîner. Envisagé de manière tragique, l’événement vient chambarder le quotidien d’un groupe de jeunes professionnels new-yorkais. Prise de façon comique, la même prémisse provoque des turbulences dans un cercle de bobos affrontant diverses épreuves professionnelles.

Plutôt que d’opter pour le drame ou la comédie, ses genres de prédilection, Allen choisit ici de jouer sur les deux tableaux. La même histoire sera donc racontée deux fois, mais sous des angles (en théorie) antithétiques. Ce parti pris formel ne manque pas de potentiel et, dans les faits, participe de cette démarche aventureuse qui chatouille encore le réalisateur ponctuellement.

Si le montage relâché et l’absence de véritables contrastes entre les segments "drôle" et "sérieux" tendent à neutraliser l’entreprise, on lui reconnaîtra tout de même un niveau d’interprétation relevé et une certaine saveur sur le plan des dialogues. Développées en filigrane, les indécrottables marottes d’Allen sont toutes au rendez-vous (névroses, errances amoureuses, angoisse professionnelle, etc.). À ce chapitre, rien de bien neuf.

La nouveauté est plutôt à chercher sur le plateau. Depuis quelques années, Allen a pris l’habitude de tourner chaque film avec une distribution renouvelée. Les coups de casting de son acolyte Juliet Taylor sont parfois assez curieux. À preuve, le choix d’embaucher le comique benêt Will Ferrell (Elf) pour camper l’alter ego du réalisateur, resté derrière la caméra.

Compétent, mais classique. Frais, mais coutumier. Le Woody nouveau fait la job.

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