

Fantasia : Tous genres unis
Du 7 au 25 juillet, Fantasia propose une célébration des genres et des cultures. Rencontre avec Mitch Davis et Marc Lamothe, deux cinéphiles à la passion contagieuse.
Manon Dumais, Martin Girard
Depuis 1996, les organisateurs de Fantasia se font un plaisir de faire découvrir aux cinéphiles des films de genre qui les ont fait vibrer dans l’année, des films peu susceptibles de se retrouver à l’affiche ici, mais qui ont tous connu un grand succès dans leur pays. L’an dernier, ils étaient plus de 78 000 cinéphiles à venir se régaler de films d’horreur, de science-fiction, de polars et d’animes, d’Asie, d’Europe et d’Amérique.
Mais à quoi ressemble le public de Fantasia? "C’est un cinéphile âgé de 20 à 40 ans, répond Marc Lamothe, directeur des communications, qui a connu les Cronenberg, Kubrick et Scorsese au sommet de leur forme, et qui est toujours friand des genres. On pense à tort qu’il y a une recrudescence des genres, car on oublie que le genre existe depuis les débuts du cinéma, avec Méliès par exemple… on peut même dire que le genre existait avant le cinéma: Dracula et Frankenstein ont d’abord été des romans! Cela dit, nous ne servons pas n’importe quoi à nos spectateurs; pas question de présenter un anime promouvant la femme-objet ou un film illustrant gratuitement un viol collectif… nous avons une morale!"
Mitch Davis, directeur de la programmation internationale, poursuit: "Le public montréalais est très ouvert d’esprit, c’est pour cela que nous pouvons nous permettre de présenter des œuvres éclatées ou d’autres qui ont été bannies de certains festivals, comme Live Freaky! Die Freaky!, un film en claymation qui raconte la vie de Charles Manson." Ce dont Davis est également fier, ce sont les performances d’artistes, telle Retinal Stigmatics: An Evening With Joe Coleman: "En plus de livrer ce qu’il appelle ses sermons, Joe présentera des projections de ses toiles sur écran géant; il nous promet aussi des surprises, c’est à se demander s’il ne veut pas faire exploser le building!"
Outre des événements spéciaux hauts en couleur, on retrouve au menu cette année 90 longs métrages et 100 courts métrages. Ce n’est pas pour rien que Fantasia est l’événement le plus important du genre en Amérique du Nord… et ce, sans aucune subvention!
ASHURA, DE YOJIRO TAKITA (JAPON)
Croisement entre le théâtre kabuki et la culture pop japonaise, Ashura raconte une histoire d’amour entre un jeune acteur, ancien chasseur de démons, et une mystérieuse jeune fille, idylle dont l’issue pourrait provoquer la résurrection d’Ashura, reine des démons. Festif, punché et sexy. (M.D.)
CRYING FIST, DE RYOO SEUNG-WAN (CORÉE)
Sorte de Raging Bull à la sauce coréenne, ce drame sportif trace en parallèle les portraits d’un jeune délinquant qui pratique la boxe pour canaliser sa rage et d’un ancien champion olympique de boxe qui a tout perdu. Les deux hommes se rencontreront dans le ring au cours d’un match qui changera leur vie. Un film viril et bouleversant qui met en vedette Choi Min-sik, acteur fougueux vu dans Old Boy. (M.D.)
MIND GAME, DE YUASA MASAAKI (JAPON)
Étonnant collage narratif et visuel déployant une fantaisie surréaliste tout à fait délirante, Mind Game raconte l’histoire de trois jeunes qui se retrouvent dans le ventre d’une baleine après avoir été pourchassés en voiture par des yakuzas. Mariant différentes techniques d’animation avec une énergie et un brio surprenants, le film prend la forme d’un kaléidoscope vertigineux fourmillant d’idées insolites, drôles et étonnantes. Une œuvre que les amateurs du genre voudront voir et revoir… (M.G.)
JU-ON: THE GRUDGE 2, DE TAKASHI SHIMIZU (JAPON)
Une actrice de films d’horreur et une équipe de télé allant tourner un reportage dans la maison où ont eu lieu les événements sanglants du premier volet de Ju-on se retrouvent aux prises avec les fantômes du livide gamin et de son effroyable maman. Moins effrayant que le premier, Ju-on 2 repose sur une chronologie tout aussi éclatée et comporte des moments de réelle tension. (M.D.)
SHUTTER, DE BANJONG PISANTHANAKUN ET PARKPOOM WONGPOOM (THAÏLANDE)
À la suite d’un mystérieux accident de la route, un jeune homme découvre sur les photos qu’il développe le visage d’une disparue. S’ensuivent des cauchemars terribles et des apparitions macabres pour le photographe et sa petite amie. Dans la veine des Ringu, Ju-on et One Missed Call, Shutter s’avère un film d’horreur diablement efficace misant sur les apparitions-surprises d’un terrifiant fantôme. (M.D.)
![]() Karaoke Terror, de Tetsuo Shinohara. |
KARAOKE TERROR, DE TETSUO SHINOHARA (JAPON)
Basée sur un roman du scénariste d’Audition de Takashi Miike, cette satire caustique et sanglante met en scène une guerre de rue pour le moins inattendue. Après le meurtre d’une de leurs copines, cinq femmes trentenaires folles de karaoké décident de tuer l’assassin, membre d’une bande de voyous… amateurs de karaoké. À leur tour, les voyous voudront éliminer la meurtrière et ainsi de suite. Ponctué de chansons pop japonaises, Karaoke Terror s’avère à la fois drôle, mélancolique et explosif. (M.D.)
![]() The Taste of Tea, de Katsuhito Ishii. |
THE TASTE OF TEA, DE KATSUHITO ISHII (JAPON)
Vivant dans une banlieue campagnarde près de Tokyo, la famille Haruno coule des jours tranquilles et paisibles tout en s’évadant dans son imaginaire délirant. Ainsi, pendant que maman fait du dessin animé sous les conseils de l’excentrique papi, la benjamine de six ans tente de se débarrasser de sa jumelle imaginaire géante qui la suit partout. Une émouvante et jolie chronique familiale bercée par une douce folie aux accents surréalistes qui rappellent Jeunet, Magritte et Dali. (M.D.)
STRAIGHT INTO DARKNESS, DE JEFF BURR (ÉTATS-UNIS)
Spécialisé jusqu’à maintenant dans le fantastique, Jeff Burr se permet ici une incursion dans le drame de guerre. Mais ce récit où deux déserteurs de l’armée américaine errent dans la campagne française sous l’Occupation baigne constamment dans un climat de cauchemar à la lisière de l’étrange et de l’horreur. Une certaine poésie ténébreuse enveloppe ce film quelque peu artificiel, mais qui a le mérite de déballer un récit aux développements imprévisibles. (M.G.)
WITH BLOOD ON MY HANDS: PUSHER II, DE NICOLAS WINDING REFN (DANEMARK)
Suite autonome du percutant Pusher, qui mettait en vedette la star danoise Kim Bodnia, With Blood On My Hands nous transporte dans l’univers du fils cocaïnomane d’un gangster notoire de Copenhague qui apprend à sa sortie de prison qu’il est le père d’un poupon. Un film dur et cru peuplé de personnages antipathiques où le salut du personnage principal semble impossible. (M.D.)
ZEE OUI, DE NIDA SUDASNA ET BURANEE RACHJAIBUN (THAÏLANDE)
Dans cet imbuvable mélodrame, les deux réalisatrices (issues de la publicité) nous racontent les tribulations d’un pauvre immigrant chinois qui devient tueur en série de petites filles en Thaïlande. Malgré certains éléments psychologiques et sociaux prometteurs, le scénario sombre vite dans une mer de clichés manichéens et d’effets racoleurs. Pas facile de transcender un sujet aussi sordide. (M.G.)

