

Head-On : Notre mariage
Head-On de Fatih Akin, gagnant de l’Ours d’or au dernier Festival du film de Berlin, frappe d’amour et caresse de violence.
Bégin Richard
Même si la plupart des histoires d’amour au cinéma s’élaborent encore et toujours autour de ces airs connus maintes fois exploités que sont l’incommunicabilité et les rendez-vous manqués, quelques-unes parviennent encore à surprendre et à émouvoir tant elles s’articulent intelligemment autour du thème, comme la mélodie s’approprie brillamment le motif. Head-On est l’un de ces films dont le rythme endiablé et le chant chagriné résonnent encore en nous longtemps après la séance. Mélangeant allègrement un style juvénile vidéoclipé occidental très à la mode et l’indémodable drame social du désenchantement urbain, le jeune réalisateur Fatih Akin réussit à nous raconter amour, exil et décadence sans les détours par le pathos qu’un tel exercice exige parfois de son auteur.
À 40 ans, Cahit (Birol Unel), violent, désillusionné et douloureusement écartelé entre une nationalité allemande dans laquelle il se projette peu et une origine turque qu’il digère mal, a raté son suicide et s’est retrouvé dans un hôpital psychiatrique où l’ont rejoint ses vieux démons: alcool et drogue. Le cycle de l’autodestruction aurait ainsi pu aisément reprendre ses droits n’eût été de la rencontre, dans ce même hôpital, de la jeune et jolie Sibel (Sibel Kekilli), dont l’étouffante vie familiale, traditionnelle et musulmane, ne convient guère à sa nature rebelle et adolescente. Après un faux mariage n’ayant pour but que de délivrer Sibel du joug paternel, Cahit renaît et découvre peu à peu, à travers la jalousie et l’envie, que ses sentiments envers Sibel ne se limitent plus à la bienfaisance, mais qu’ils le brûlent d’un désir qu’il croyait depuis longtemps évanoui.
Avec une maîtrise sans faille et une évidente passion pour son sujet, Fatih Akin partage avec nous cette romance atypique qui, malgré les quelques inévitables poncifs du genre et une dernière leçon morale plus que douteuse, charge à fond de train et ne s’épuise aucunement dans les subtilités et les faux-fuyants. L’amour y est cru, les sentiments complexes et la sexualité organique. Mais toute cette hargne amoureuse ne parvient pas à jeter un voile lubrique sur un récit qui plonge froidement au plus profond de la détresse humaine. Head-On comporte certes une romance, mais il est peut-être surtout un récit d’exil et de survie dans l’amour.
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