

A Good Woman : Femme fatale
Dans A Good Woman, de Mike Barker, Helen Hunt joue les maîtresses sulfureuses dans le cadre enchanteur de l’Italie.
Manon Dumais
Fière de son statut de maîtresse d’hommes riches, la séduisante Stella Erlynne (Helen Hunt, convaincante bien qu’elle n’ait pas le physique de l’emploi) décide de mettre le cap sur l’Italie le jour où ses amants, à la demande de leurs épouses, lui coupent les vivres. Sur place, elle jette son dévolu sur Robert Windermere (Mark Umbers, plastique), jeune homme de bonne famille marié depuis peu avec l’innocente Meg (Scarlett Johansson, drôlement moins éclatante que dans l’excellent Match Point de Woody Allen). Entrent alors en scène lord Darlington (Stephen Campbell Moore, au charme british irrésistible), qui veut faire goûter les plaisirs de l’adultère à Meg, et lord Augustus (Tom Wilkinson, désarmant), qui tente de passer la bague au doigt de la frivole célibataire.
Campé en 1930 dans le cadre enchanteur de la Riviera italienne, A Good Woman ne serait qu’un banal film en costumes (fort jolis au demeurant) relatant une non moins commune histoire d’épouse trompée si ce n’était des tirades savoureuses et spirituelles que lance avec délectation chaque membre de la distribution. Contrairement à chez Feydeau ou chez Labiche, les personnages, plutôt que de se cacher derrière des portes, taisent des secrets troublants, lesquels apportent une dimension un peu plus profonde à l’intrigue. Il est vrai aussi que le scénario de Howard Himelstein prend sa source dans la pièce Lady Windermere’s Fan d’Oscar Wilde. Jumelé à la beauté de l’Italie, le bel esprit de ce partisan de "l’art pour l’art" n’en est que mieux servi.
Qui plus est, Mike Barker, réalisateur de téléfilms de qualité (The Tenant of Wildfell Hall, Long Days, Short Nights), ne fait pas dans le théâtre filmé. Sa caméra fluide capte furtivement l’émotion d’un regard ou le détail d’un bijou quand elle ne tourbillonne pas lors d’une soirée mondaine où les mauvaises langues vont bon train. Fidèle à la pensée de Wilde, l’ensemble dégage une légèreté irrésistible, laquelle cache sous ses fards épais, ses étoffes froufroutantes et ses belles manières les tourments de l’âme. Derrière l’élégance des mots d’esprit, la vérité sur la nature du mariage se dénude puis fait sourire ou grincer des dents.
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