Capote : Écrivain de choc et de charme
Cinéma

Capote : Écrivain de choc et de charme

Capote, de Bennett Miller, trace le portrait d’une grande plume américaine du 20e siècle. Défi de qualité relevé par un acteur en état de grâce.

Parfois, un comédien brille à un point tel qu’il en éblouit le reste de la production. Ses partenaires doivent se contenter de l’ombre. Le film même se met au service du roi-soleil et le spectateur ne distingue plus que ses feux puissants. Ainsi rayonne Philip Seymour Hoffman dans Capote. L’interprète de 38 ans livre une composition troublante, hantée, dominante, de celles que l’Académie et la critique aiment à célébrer. Passons tout de suite un coup de fil aux parieurs. Hoffman, meilleur comédien à quatre contre un, vous dites? D’accord. On conseillera au garçon de faire un peu de place sur sa cheminée… Mais pour l’heure, restons-en aux affaires courantes. Même séduit par l’extraordinaire travail de l’acteur, on n’oubliera pas le récit à rapporter…

Novembre 1959. Holcomb, Kansas. Quatre membres d’une famille ordinaire sont retrouvés sans vie. Histoire de meurtres crapuleux pour un bled sans histoire. Interloqué par ce sanglant fait divers, le reporter et romancier à succès Truman Capote décide d’en tirer un papier pour le New Yorker. Il se rend alors sur place et mène sa petite enquête, usant à l’occasion de subterfuges afin de soutirer de l’information. Deux coupables sont bientôt épinglés. Richard Hickok (Mark Pellegrino) et Perry Smith (Clifton Collins Jr.) font une telle impression sur Capote que ce dernier décide d’étirer son article. Il planchera six ans sur le roman de non-fiction In Cold Blood, sommet de sa carrière.

Ouvrant grand la fenêtre sur les lieux les plus intimes de la création, Capote postule que l’écrivain est un vampire qui ne recule devant rien pour nourrir son art. Thèse éminemment étayée, qui trouve sa chute dans ce paradoxe: amoureux du meurtrier Smith, le romancier Capote souhaite aussi sa mort, essentielle à la conclusion du roman. Tout dévoué à illustrer les pratiques du romancier, le film de Bennett Miller se voit dans l’impossibilité de bien rendre compte de son génie littéraire. Le scénario procède par ailleurs à un découpage qui, en se concentrant sur un chapitre en particulier, ne permet pas de prendre toute la mesure de l’œuvre. Enfin, modestes bémols que ceux-là, et qui n’enlèvent rien à la prestation lumineuse de Hoffman, fait saillant de Capote.

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