Le Génie du crime : Temps dur
Cinéma

Le Génie du crime : Temps dur

Le Génie du crime, de Louis Bélanger, est l’adaptation d’une pièce du dramaturge canadien George F. Walker à la mode de chez nous. Rencontre avec un cinéaste qui n’a pas peur de sortir des sentiers battus.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, permettons-nous de suggérer aux recherchistes d’émissions culturelles ou aux Rendez-vous du cinéma québécois d’organiser une table ronde réunissant Louis Bélanger et Patrice Sauvé, qui nous arrivent tous deux cet automne avec une histoire de paumés ayant d’abord été imaginée pour le théâtre. Leurs films se rejoignant sur certains points mais divergeant fondamentalement sur d’autres, nous sommes persuadés qu’il serait fascinant de les réunir pour échanger à ce propos. De même, nous recommandons fortement aux détracteurs de Cheech d’aller voir Le Génie du crime, car ils y trouveront une comédie criminelle qui ne s’éloigne pas du ton ni de la structure de la pièce originale comme l’a fait le film de Sauvé (délibérément, précisons-le).

Plutôt qu’un pimp qui écoute des cassettes de motivation, on rencontre ici un magouilleur (Gilles Renaud) qui essaie d’apprendre à vivre en faisant des quiz de revues. Pratiquement tout le récit se déroule en huis clos dans la chambre de motel où il se terre avec son fils (Patrick Drolet) et la cuisinière (Julie LeBreton) qu’ils ont kidnappée, bien que Shirley (Anne-Marie Cadieux) les ait plutôt engagés pour mettre le feu au restaurant. À ce groupe déjà tendu se joint le gérant alcoolique du motel (François Papineau), qui exige ses 60 piasses pour la chambre.

"La musique du texte est très précise, si tu commences à couper là-dedans, ça ne fonctionne pas. Ça paraît illogique, mais c’est très précis, insiste Bélanger. Si tu sautes une réplique, le build-up ne tient pas. Il y a une phrase qui revient tout le temps: "Vos gueules, faut qu’on réfléchisse." Personne ne fait ça. Ils sont incapables de faire le point sur la situation dans laquelle ils sont plongés, c’est un délire verbal. S’il y avait quelqu’un le moindrement rationnel dans cette gang-là, le film durerait cinq minutes!"

C’est un film assez particulier, grand public mais aussi plutôt violent et vulgaire.

"C’est rough! C’est bien spécial, mais moi j’assume complètement ce type d’humour grinçant. C’est sûr que ça va choquer des gens, mais en même temps, quand le film a été présenté en première au Festival de l’Abitibi-Témiscamingue, c’était des gens d’à peu près tous les âges qui riaient. Pour moi, c’est un défi. Aussi, tu sais quoi? Le théâtre au Québec est moins frileux que le cinéma. Si tu vas au NTE ou à La Licorne, tu verras des pièces rock’n’roll comme Howie le rookie, les pièces d’Alexis Martin… Peut-être que le théâtre cherche moins à être consensuel que le cinéma. Un des seuls cinéastes que je connaisse qui n’a pas peur de varloper, c’est Robert Morin, mais ça ne plaît pas à tout le monde."

Le Génie du crime est une adaptation d’une des six pièces du cycle Suburban Motel de George F. Walker, qui a aussi inspiré le film Niagara Motel, sauf que ce dernier faisait très canadien, alors que votre film est très québécois malgré la source.

"C’est sûr qu’on a importé nos références de la pauvreté, du banditisme et de l’humour québécois dans le texte de Walker. Les comédiens aussi ont beaucoup apporté au texte."

On a l’impression que c’est un projet qui s’est fait rapidement: vous l’avez tourné en mai, et il sort déjà en salle.

"C’est un concours de circonstances. Entre Post mortem et Gaz Bar Blues, il s’est écoulé quatre ans. C’est le temps que ça prend pour écrire un scénario valable, le financer, le tourner, le présenter. J’ai deux scénarios de prêts, soit l’équivalent de deux ans d’écriture, mais pendant que j’attendais, je me suis fait proposer ce projet qui me faisait triper. Ce n’est pas moi qui ai décidé de le faire en 11 jours, à 700 000 $, mais une fois que tu acceptes les barrières financières et temporelles, il y a aussi une forme de liberté là-dedans. Pour moi, c’est une espèce de laboratoire: je vais aller avoir du fun sur un plateau, je vais essayer des affaires. Tu pars avec une caméra numérique, c’est très léger. C’est pas 60 personnes, on bloque des rues, tout le monde avec ses walkie-talkies, le gros tournage conventionnel. Il faut faire attention comme cinéaste, il faut prendre des risques. Moi, je ne veux pas être cantonné dans des films familiaux comme Gaz Bar Blues. C’est fait, c’était mon histoire, ça a marché. J’aurais été une grande pute de dire: voici les éléments que je sais être fédérateurs, je vais les ramener. Je veux avoir la liberté d’essayer des choses."

À voir si vous aimez
Matroni et moi de Jean-Philippe Duval
Niagara Motel de Gary Yates
La Planque d’Alexandre Chartrand et Thierry Gendron

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