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Cinéma

Family Motel : Les réfugiées

Family Motel, d’Helene Klodawsky, lauréate du Prix pour la promotion de la tolérance aux derniers RVCQ, s’intéresse au sort d’une famille d’immigrants somaliens.

Quand on pense aux camps de réfugiés, on s’imagine généralement un amas de tentes dans un pays d’Afrique ravagé par la guerre ou une crise humanitaire. Mais ici même au Canada, il arrive plus souvent qu’on ne le croit que des gens se retrouvent sans domicile pour une raison ou une autre, et nombre d’entre eux se voient forcés de vivre entassés dans des refuges improvisés, qui prennent parfois la forme de motels miteux.

"La première fois que j’ai vu un endroit de ce genre, j’ai vraiment eu l’impression de découvrir une portion du Tiers-Monde en Amérique du Nord", se rappelle la Montréalaise Helene Klodawsky, qui a consacré près de cinq ans à la création de Family Motel. OEuvrant depuis une vingtaine d’années dans le domaine du documentaire, la cinéaste a toutefois jugé préférable d’aborder ce sujet à travers le prisme de la fiction.

"Il y a tellement de peur et de honte, ces gens se sentent si vulnérables… Quand on est dans une situation aussi déstabilisante que de ne plus avoir de logis, on n’est pas très chaud à l’idée d’avoir une caméra collée au visage et de devoir expliquer comment on s’est retrouvé là. Moralement, je me sentais incapable de leur faire subir ça."

Klodawsky n’a cependant pas tellement changé ses méthodes, faisant beaucoup de recherche et collaborant étroitement avec divers individus impliqués dans ce milieu lors de la préparation du film. "Je ne voulais pas faire un documentaire, mais je voulais quand même une authenticité", résume la réalisatrice qui, à cette fin, a aussi décidé de faire jouer les rôles principaux par une véritable famille issue de la communauté somalienne d’Ottawa, Nargis et ses filles Asha et Sagal Jibril, qui n’avaient jamais joué auparavant.

"Avec des non-professionnelles, il faut privilégier l’élément de surprise. On répétait très peu, et il y a eu beaucoup d’improvisation. Je savais où le film s’en allait mais, en même temps, j’étais très ouverte. C’était une expérience un peu folle, il fallait beaucoup de confiance, tant de ma part que de la leur."

Malgré l’aspect imprévisible de cette démarche et les limites de temps et de budget, Klodawsky et son directeur photo, le Colombien Germán Gutiérrez, ont apporté un grand soin au style visuel du film, en parfaite harmonie avec le naturel et l’énergie des actrices. "Elles sont si généreuses et chaleureuses, elles ont tant d’amour, de caractère et de personnalité… Les images de Germán reflètent ça."

Ainsi, malgré la lourdeur du sujet, Family Motel est un film vivant et inspirant: "Une famille qui perd sa maison, c’est très triste. Il fallait faire ressentir leur douleur aux spectateurs, sans pour autant les déprimer. Ayan, le personnage de la mère, n’est pas une victime. Même si les circonstances sont difficiles, elle trouve la force en elle-même de continuer à se battre et de ne pas désespérer."

Bien qu’elle embrasse la cause du féminisme et ne comprenne pas la connotation négative qu’a prise le terme pour certains, la cinéaste ne considère pas son film comme étant militant à cet égard.

"Dans la communauté somalienne, il y a beaucoup de familles menées par des femmes, notamment parce que beaucoup d’hommes sont morts pendant la guerre. L’image d’une mère forte qui tient sa famille à bout de bras est bien réelle. Ce n’est pas une question d’idéologie, c’est simplement ce que les femmes doivent faire pour survivre."

En fait, si Family Motel a une portée politique, c’est plutôt par la façon dont il s’intéresse à la réalité des immigrants. "Le film montre que leurs préoccupations sont familières: ils veulent avoir un toit, pouvoir subvenir aux besoins de leurs enfants, être en sécurité… C’est universel."

À voir si vous aimez /

Raising Victor Vargas de Peter Sollett, God Grew Tired of Us de Christopher Dillon Quinn, Le Ring d’Anaïs Barbeau-Lavalette

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FAMILY MOTEL

Ayan, Somalienne établie au Canada, envoie chaque mois une partie de son maigre salaire de femme de ménage à sa famille restée là-bas et prend conséquemment du retard sur le paiement de son loyer. Lorsqu’elle et ses filles sont évincées par le propriétaire, elles sont prises en charge par la Ville, qui les relocalise dans un motel mal famé jusqu’à nouvel ordre. Loin du pamphlet social auquel on pourrait s’attendre, ce premier long métrage de fiction d’Helene Klodawsky est une oeuvre stylisée à la direction photo et au montage très expressifs. Ode au courage d’une femme immigrante et dénonciation d’une bureaucratie aliénante, le film possède aussi un côté plus ludique à travers les personnages des filles et leurs préoccupations d’adolescentes, qui suggèrent un pendant féminin de Raising Victor Vargas.

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