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Cinéma

24 mesures / Bérangère Allaux : La nuit nous appartient

Dans 24 mesures, de Jalil Lespert, Bérangère Allaux fait une entrée percutante au coeur de la nuit.

"C’est un film jeune! Fait par des jeunes!" s’exclame Bérangère Allaux, rencontrée au Festival du Film de Tremblant, où 24 mesures, premier long métrage de l’acteur Jalil Lespert, fut couronné Meilleur film, et Lubna Azabal, Meilleure actrice.

Campé durant la nuit de Noël, 24 mesures met en scène quatre écorchés vifs : une jeune mère prostituée et ex-toxicomane (Azabal) qui cherche à reprendre son fils, un chauffeur de taxi (Benoît Magimel) dont le père se meurt à l’hôpital, une jeune androgyne (Allaux) en froid avec sa mère (Marisa Berenson) et un batteur de jazz (Sami Bouajila) qui veut donner une leçon à un jazzman (Archie Shepp).

"C’est un film pur et dur que nous avons tourné de nuit en peu de temps, poursuit celle qui a déjà sur sa feuille de route les noms de Godard (For Ever Mozart) et de Resnais (Pas sur la bouche). C’était hyper jouissif comme tournage! Jalil était extrêmement exigeant; il est dans la passion et les désirs du cinéma. Il travaille à la manière des Anglo-saxons, c’est-à-dire qu’il est un porteur d’acteurs qui veut voir naître les personnages. Le scénario était très écrit, mais permettait une part d’improvisation dans la structure. C’était une liberté contrôlée. Un rare talent que ce type!"

Au cours de l’entretien, celle qui rêve de grands rôles au théâtre dévoilera que Jalil Lespert admire le travail des James Gray et John Cassavetes: "À l’instar de ces réalisateurs, Jalil est un ami des acteurs. Il filme les visages comme des paysages; bien que l’on soit cadré serré, on sent que cela est fait avec élégance et respect."

À propos de son personnage, qui fuit l’emprise d’une jolie Parisienne (Clotilde Hesme) avant d’entrer violemment dans l’existence du personnage d’Azabal, l’actrice aux origines russo-italiennes conclut: "Marie n’est pas une provinciale, contrairement à ce qui a été écrit. Elle est profondément androgyne; elle est comme un animal qui a besoin d’amour, mais elle est coincée dans ses propres sentiments. Elle aime les filles, mais elle aime surtout qu’on l’aime. Je crois que c’est propre à ma génération de ne pas tomber amoureux des corps mais des âmes. En une nuit, Marie se libère pour enfin vivre et ne plus être la mère de sa mère."

À voir si vous aimez /
Le jazz, Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, Around Midnight de Bertrand Tavernier

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24 MESURES

Désespéré et douloureux, 24 mesures, qui fut présenté à la Semaine de la critique de Venise, démontre que Jalil Lespert est un réalisateur plein de promesses dans la première partie alors que les personnages se rencontrent au gré de tristes hasards. Le tout se gâte à mi-chemin comme si Lespert et le coscénariste Yann Appery ne savaient plus que faire de leurs personnages (dont l’un se livre à une longue et laborieuse leçon de jazz). Dès lors, ils se contentent de les suivre dans de très beaux plans de nuit sur fond de musique de jazz – devant lesquels on ne peut s’empêcher d’y voir un beau clin d’oeil à la promenade de Jeanne Moreau dans Ascenseur pour l’échafaud. En résulte un film inabouti mais sincère qui prend la forme d’une course à relais où Éros flirte dangereusement avec Thanatos.

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