Ligne ouverte : Les ondes à l'écoute
Cinéma

Ligne ouverte : Les ondes à l’écoute

La documentariste Karima Goma se penche sur l’univers des tribunes téléphoniques dans Ligne ouverte, son dernier film. Rencontre.

Voir: Pourquoi s’intéresser aux tribunes téléphoniques?

Karina Goma: "J’ai toujours entretenu une fascination pour ces gens qu’on entend, qu’on ne voit jamais, mais qui ont le courage de prendre le téléphone et de parler à la radio. En plus, je trouvais intéressant de couvrir un médium aussi peu visuel. Enfin, j’étais fascinée par l’attachement que portent les auditeurs aux tribunes. Lorsque CKAC a voulu les supprimer, il y a quelques années, il y a eu une véritable levée de boucliers de la part du public. Ma propre mère, qui suit les tribunes depuis des années, était désespérée. C’est un lien très fort."

On voit, dans votre documentaire, à quel point certains animateurs peuvent entretenir des relations très intimes avec leur auditoire.

"La radio, c’est un médium chaud. Les animateurs, comme Maisonneuve, Pelletier ou Fabi, ont un contact quotidien avec leur auditoire. Pour beaucoup d’auditrices et d’auditeurs, l’animateur joue le rôle de l’ami, du confident, du mari idéal. C’est une figure rassurante. Il y a un lien de confiance qui s’établit au fil du temps entre les animateurs et le public. Les auditeurs se confient aux animateurs parce qu’ils connaissent la vie de leurs animateurs."

L’animateur ne doit-il pas exercer une forme d’autorité morale?

"Ce n’est pas du journalisme, mais bien sûr, les animateurs ne peuvent pas donner d’information erronée. C’est pourtant ce que fait la radio-poubelle, qui fait appel au plus bas dénominateur commun. On en a beaucoup parlé la semaine dernière avec cette histoire de Françoise David (qui s’est plainte de l’animateur Sylvain Bouchard et de la station de radio de Québec CJMF 93,3). Mais ce n’est pas le sujet. Ce qui m’intéressait, c’était plutôt de montrer la place que joue la radio dans la vie des gens."

Vous montrez des auditeurs d’un âge plutôt avancé. Y a-t-il un vieillissement de l’auditoire de ces tribunes?

"Il y a tout de même pas mal de jeunes qui écoutent ces émissions tard, ne serait-ce que pour le côté, disons, psychotronique de la chose. On a prédit la disparition de la radio, comme de l’imprimé, et nous n’en sommes toujours pas là. Les modes de diffusion vont sans doute changer, on écoutera peut-être les tribunes sur le Web. Mais je ne pense pas que ça va disparaître. Il ne faut pas oublier que des générations entières de gens ont grandi en écoutant la radio."

Présenté dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois et, dès le 13 février, au cinéma Beaubien.

ooo

LIGNE OUVERTE

Avant les forums Internet, avant les blogues, il y avait les tribunes téléphoniques, rares espaces médiatiques où le public pouvait s’exprimer. Dans Ligne ouverte, Karina Goma les présente sous leur meilleur angle: mesurée et polie chez Maisonneuve, touchante et humaine chez André Pelletier, kitsch mais sympathique chez les Amis de la chasse (qui s’entre-félicitent de leurs prises sur une radio du Témiscamingue!). On retiendra surtout les rencontres de la réalisatrice avec des auditeurs de nuit, les images du studio feutré d’André Pelletier et de toute cette communauté de gens, souvent seuls, qui s’est constituée autour de l’animateur. Une belle réflexion sur les fonctions sociales des médias.