

François Desrochers / Guyton : Élégie en Guy majeur
Dans le documentaire Guyton, le cinéaste gatinois François Desrochers dresse un lumineux portrait de la mort.
Guillaume Moffet
En 1988, François Desrochers entreprit avec un groupe d’aventuriers une expédition des monts Chic-Chocs. Ce qui aurait pu avoir des conséquences désastreuses – un certain Guy Desjardins et lui s’égarèrent pendant plusieurs heures et faillirent y passer – formera plutôt les prémices d’une solide et indéfectible amitié entre Desjardins, dit "Guyton", et le cinéaste. "On a tout fait ensemble. Des clubs de recherche de soi aux expéditions aux quatre coins du monde", explique le cinéaste, qui a été l’accompagnant principal de Desjardins jusqu’à son décès. "Ce n’est pas parce qu’il était mon meilleur ami que j’ai décidé d’en faire un film. C’est que j’ai réalisé à quel point Guy se révélait un excellent sujet."
Assemblé sous la forme d’un home movie à la facture esthétique soignée (bercé par la musique éclatante de Pierre-Luc Clément), Guyton s’attarde aux 18 derniers mois de la vie de Desjardins, connu notamment pour avoir été l’un des fondateurs du Dépanneur Sylvestre, coopérative du Vieux-Hull. Surpris par un douloureux cancer de la glande parotide, l’homme de tête – et de coeur – s’éteignit à l’âge de 47 ans. Misant sur une narration multifacette qui commente des images triées, le réalisateur a tenté de faire du documentaire un hymne à la vie. Il explique: "Guy dévoile une relation tout à fait différente avec la mort. Au lieu de la combattre et d’en faire son ennemie, ce gars dit tout haut: »Ce chapitre-là, la maladie, l’approche de la mort, ça vaut la peine d’être vécu. » C’est un gars qui affirme haut et fort la possibilité de vivre et même de profiter de chaque minute comme elle se présente."
Pourtant, revisiter inlassablement cette poignée de moments parmi les plus douloureux qu’un homme puisse vivre – la perte d’un meilleur ami – ne fut en aucun cas aisé pour Desrochers. "J’ai tourné jusqu’à 20 minutes avant sa mort, puis j’ai été à ses côtés lors de son dernier souffle. J’ai braillé un coup. Et j’ai repris la caméra", raconte avec émotion le cinéaste. "C’est le projet pour lequel j’ai eu le plus de difficulté. La distance nécessaire à la complétion d’un tel projet me manquait."
Malgré ces indicibles embûches émotives, Desrochers soutient avoir accouché, avec Guyton, de l’oeuvre d’une vie. "Le deuil a été facile à faire. Parce que la mort a tellement été bien vécue et qu’il a été entouré de plein d’amour." Il terminera en citant l’auteure Christiane Singer, qui signa les mots qui résumeront le mieux son film: "Pour sauver ma peau devant la détresse, je me tiens debout et au lieu de subir, j’acquiesce de toute mon âme."
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