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Rétrospective 2011

Bilan cinéma : La filière court

Qu’ont en commun Guy Édoin, Anne Émond et Sébastien Pilote? En 2011, ils ont signé leur premier long métrage… non sans s’être fait d’abord remarquer dans le circuit des courts  métrages.

Désarroi, détresse, dépression, deuil, dialogues laconiques, paysages hostiles, horizons lointains. En 2011, le cinéma québécois n’était certes pas des plus joyeux – remarquez qu’il ne l’était guère plus l’an dernier. Toutefois, on se souviendra de 2011 comme d’une année remarquable.

D’accord, aucun record n’a été fracassé, mais si l’on se fie aux chiffres répertoriés par Charles-Henri Raymond sur son blogue Films du Québec, pas moins de six films ont franchi le cap du million au box-office: Funkytown de Daniel Roby (1,2 M$); Café de Flore de Jean-Marc Vallée (1,5 M$); Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau (1,6 M$); Gerry d’Alain Desrochers (1,8 M$); Starbuck de Ken Scott (3,2 M$); et Le sens de l’humour d’Émile Gaudreault (3,3 M$).

« Je suis content de Monsieur Lazhar, confie Philippe Falardeau, mais je suis aussi super content de l’équilibre du cinéma québécois cette année, qui était exceptionnelle tant en qualité qu’en fréquentation. Chaque semaine, c’était fascinant de voir que le film que je pensais qui serait le plus modeste au box-office fonctionnait si bien. En début d’année, je vais aller promouvoir mon film à l’étranger pour les sorties commerciales. Il n’est pas dit que Monsieur Lazhar ne fera pas bien en France, en Allemagne… et même au Japon! »

Évidemment, on a vu sur nos écrans quelques navets et réalisations médiocres, que nous tairons volontiers afin de nous concentrer sur le positif. Après tout, si 2011 a vu son lot de films sombres et graves, ne brillait-il pas dans chacun une quelconque lueur d’espoir? Ainsi, l’enseignante paumée de Nuit #1 d’Anne Émond ne trouve-t-elle pas sa rédemption dans la poésie? Après d’éprouvantes épreuves, le personnage du Vendeur de Sébastien Pilote ne tend-il pas la main vers le chômeur sur le point de commettre l’irréparable? Et la famille Santerre de Marécages de Guy Édoin ne connaîtra-t-elle pas des temps plus cléments?

DU COURT À L’ALLONGÉ

Si vous fréquentez le circuit des courts métrages, les trois noms ci-haut mentionnés vous sont sans doute familiers puisque, ici comme à l’étranger, Émond (Sophie Lavoie), Pilote (Dust Bowl Ha! Ha!) et Édoin (la trilogie Les affluents) se sont démarqués avec leurs courts de qualité.

En 2011, tous trois ont fait une entrée remarquée du côté du long métrage en signant des oeuvres personnelles s’inscrivant parfaitement dans leurs filmographies respectives: « La semaine passée, j’ai vu Le vendeur, raconte Philippe Falardeau, un très, très beau film, sobre, maîtrisé, encore plus remarquable que le mien puisqu’il s’agit d’un premier long métrage, alors que j’en suis à mon quatrième. »

Même Patrick Boivin, qui génère des milliers et des milliers de clics sur YouTube avec ses courts métrages, signait Finalement, l’automne, un premier long métrage beaucoup plus sage que ce à quoi il nous a habitués, disponible sur PatrickBoivin’sChannel.

De 2011, on pourra également dire que ce fut une très belle année pour le court métrage. En compétition officielle au Festival de Cannes, Nicolas Roy a représenté fièrement le Québec avec Ce n’est rien; en janvier 2012, ce sera au tour du Surveillant de Yan Giroux de figurer en compétition à Sundance.

Hope de Pedro Pires et ORA de Philippe Baylaucq se sont classés dans le top 10 du Festival de Toronto, en plus d’avoir été distribués en salle en complément de programme respectivement de Melancholia de Lars von Trier et Pina de Wim Wenders. De la même façon, les cinéphiles ont pu découvrir Trotteur de Francis Leclerc et Arnaud Brisebois en première partie de The Artist de Michel Hazanavicius, tandis qu’ils pourront bientôt voir Mokhtar de Halima Ouardiri qui prendra l’affiche avec Le gamin au vélo de Luc et Jean-Pierre Dardenne.

En voyant éclore sur grand écran le talent de ces réalisateurs, force est de constater que les cellules Kino, la plateforme de diffusion Prends ça court! et le festival Regard sur le court métrage au Saguenay sont essentiels à la bonne santé du cinéma québécois.