Once Upon a Time in Anatolia : Longue est la nuit
Cinéma

Once Upon a Time in Anatolia : Longue est la nuit

Qualifié de film difficile par Nuri Bilge Ceylan lui-même, Once Upon a Time in Anatolia (Bir zamanlar Anadolu’da) suit une équipe policière à la recherche d’un cadavre.

Trois ans après y avoir reçu le Prix de la mise en scène pour Les trois singes, le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan (Uzak, Les climats) a partagé le Grand Prix du jury avec les frères Dardenne (Le gamin au vélo) au dernier Festival de Cannes. En recevant ce prix, Ceylan a reconnu le degré de difficulté de son film. Non pas que l’histoire, celle d’une enquête policière dans les steppes d’Anatolie, s’avère complexe, mais plutôt à cause du rythme qu’elle épouse, de son parti pris pour les très longues scènes tournées dans la quasi-obscurité en temps réel.

Ainsi, peu après la lente scène d’ouverture aux dialogues inaudibles où l’on découvre au travers d’une fenêtre le regard de bête traquée d’un homme qui se révélera l’assassin (Firat Tanis), Ceylan et son fidèle acolyte, le directeur photo Gokhan Tiryaki, nous entraînent dans un hypnotique polar atypique formé de tableaux aux ocres magnifiques. D’abord des champs à perte de vue et une longue route sinueuse que l’on distingue à peine. Puis des voix d’hommes dont on entraperçoit les silhouettes grâce aux phares des automobiles et aux faibles rayons de la lune. Tous recherchent le cadavre abandonné dans un champ par l’assassin.

Bientôt, alors que la caméra se rapproche des visages, dévoilant l’air obtus du procureur (Taner Birsel) et la lassitude des traits du médecin (Muhammed Uzuner), Il était une fois… se transforme en une pittoresque chronique sur la Turquie profonde. Tandis que l’enquête devient presque accessoire, Ceylan et ses coscénaristes, Ebru Ceylan et Ercan Kesal, qui tient le rôle du maire du petit village où s’arrêtent les enquêteurs, truffent le récit de détails cocasses et savoureux sur les travers des personnages, leurs conditions de travail et sur les rapports générationnels.

Si d’emblée la démarche de Ceylan semble âpre, austère, aride, il s’en détache néanmoins une certaine poésie, comme si ces hommes vivaient un songe au cours duquel leur apparaît une gracieuse jeune fille (Cansu Demirci) et le spectre de la victime (Erol Erarslan). Au petit matin, alors que la triste réalité reprend sa place, se superpose au visage de cette beauté celui de la veuve éplorée (Nihan Okutucu) duquel le médecin ne pourra détacher son regard. Dans cet envoûtant passage de la nuit au jour, Ceylan brosse une saisissante réflexion sur le cycle de la vie.