MacPherson : Le gentleman draveur
Cinéma

MacPherson : Le gentleman draveur

Précédant le film d’ouverture du 36e Festival des films du monde de Montréal, le court métrage d’animation MacPherson, de Martine Chartrand, nous ramène aux origines jamaïcaines d’une chanson de Félix.

Depuis l’enfance, la cinéaste d’animation Martine Chartrand (Âme noire, Ours d’or du court métrage à Berlin) a longtemps été habitée par la chanson MacPherson de Félix Leclerc où il était question d’un brave draveur mourant en héros. À l’époque, elle croyait que MacPherson était en fait un Écossais.

"Quand j’étais enfant, j’étais à l’affût de tout ce qui pouvait parler des Noirs même si j’étais très Québécoise parce que j’entendais tous ces reels dans les familles, confie la réalisatrice d’origine haïtienne. Toute jeune, je me disais que c’était beau, un Écossais qui aime le jazz, mais je me demandais pourquoi on n’entendait pas de cornemuse."

Par déduction, Martine Chartrand a fini par comprendre qu’il s’agissait d’un Noir. En effet, en 1996, alors qu’elle expliquait au caméraman Martin Leclerc qu’elle souhaitait faire un film sur cette chanson de son père, ce dernier lui confirma que le personnage de la chanson était Noir. Deux ans plus tard, elle entendait à la radio que ce personnage s’appelait Frank Randolph MacPherson, ingénieur chimiste jamaïcain ayant travaillé dans une usine de pâtes et papiers à Trois-Rivières, et qu’il avait été l’ami du chansonnier et amoureux de sa soeur pianiste avec qui il entretint une amitié musicale.

"Je ne m’imaginais pas que c’était un personnage ayant existé réellement, mais je me disais qu’il y avait certainement des Noirs qui avaient dravé ou fait de la bûche. Quand on regarde qui était dans nos camps de bûcherons, il y avait des gens de toutes origines; le monde entier était dans les camps pour bâtir le Québec."

Sélectionné en compétition au FFM, MacPherson aura pris huit ans de travail à la réalisatrice qui croyait y mettre quatre ans. Un mal pour un bien puisque ce film magnifique aux couleurs chatoyantes voit le jour l’année du 50e anniversaire de l’indépendance de la Jamaïque, où Martine Chartrand s’apprête à aller avec Serge Giguère, qui prépare un documentaire sur MacPherson.

"J’habite un quartier où il y a une grande population de divers pays et je vois que les jeunes ressentent de plus en plus leur appartenance au Québec par la représentation des artistes ou des sportifs. C’est important que les jeunes des diverses communautés connaissent leur histoire, la présence de leurs ancêtres ici. C’est un peu pour ça que j’ai fait MacPherson. Par cette chanson, j’ai le goût de faire partie d’un pays où un poète parle de "nous", un "nous" différent de celui dont on parle comme Québécois. C’est pour ça que je mets autant d’énergie sur un film comme ça."

Tourné en 35 mm selon la technique de peinture sur verre, rythmé par des airs de jazz, de mento et de classique, MacPherson porte en lui toute la dévotion de l’artisan, en plus d’offrir un nouveau point de vue sur notre histoire: "Je voulais toucher la matière, laisser une trace, un peu comme les hommes qui ont travaillé avec leurs mains dans les bois. Félix a travaillé avec ses mains, ses papiers, sa guitare. Je voulais donc garder un côté très traditionnel pour le film", conclut Martine Chartrand.

Le 23 août à 10h au Cinéma Impérial
Le 23 août à 19h30 au Théâtre Maisonneuve
Le 24 août à 14h au Cinéma Impérial
www.ffm-montreal.org

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