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L'affaire Dumont : Présumé coupable
Cinéma

L’affaire Dumont : Présumé coupable

Avec L’affaire Dumont, Podz met en garde le spectateur contre notre système judiciaire en racontant avec un souci de véracité remarquable le calvaire d’un homme victime d’une grave erreur judiciaire et le combat de sa femme pour que justice soit faite. Une histoire d’amour, de courage et de résilience qu’on ne rencontre pas qu’au cinéma.

Électricien de formation devenu livreur de dépanneur, séparé de Céline Boisvert (Sarianne Cormier), mère de ses deux enfants, Michel Dumont (Marc-André Grondin) a vu sa vie déjà difficile virer au cauchemar en novembre 1990 lorsqu’il fut, à tort, accusé de viol par Danielle Lechasseur (Kathleen Fortin). Bien que Michel Dumont ne correspondait pas totalement à la description donnée par la présumée victime, que ce premier avait un solide alibi, qu’il ne fut pas soumis au polygraphe et qu’il n’existait aucune preuve physique de l’agression, il fut pourtant condamné à 52 mois de prison en 1992 pour agression sexuelle armée, menaces de mort, enlèvement et séquestration. Au cours des procédures judiciaires, Dumont rencontra une jeune femme qui allait changer sa vie, Solange Tremblay (Marilyn Castonguay), mère de famille monoparentale dont le combat pour faire régner la justice force l’admiration.

« La première personne qui m’a parlé de cette affaire-là, c’est Geneviève Brouillette, qui est productrice associée du film et qui interprète l’avocate de la victime, raconte Podz. Je trouvais que c’était une bonne histoire. Avec ce film, que je voulais faire à ma façon, je voulais dire à tout le monde de faire attention, car tout peut vraiment déraper, le système étant conçu pour n’avoir aucune empathie. Le système a ses bienfaits, l’impartialité a du bon, mais l’envers de la médaille, c’est de savoir où est l’être humain là-dedans. C’est un système qui s’est vraiment bâti contre ce gars-là. »

Écrit par Danielle Dansereau (Le négociateur), L’affaire Dumont revient sur ce tristement célèbre cas d’erreur judiciaire qui s’est conclu en février 2001 lorsque Michel Dumont fut acquitté après avoir purgé la moitié de sa peine, et ce, même si entre 1992 et 1997, Danielle Lechasseur a prétendu cinq fois que Dumont n’était pas le coupable. Encore aujourd’hui, le véritable agresseur n’a pas été reconnu et on ignore même s’il y a bel et bien eu agression en novembre 1990.

« L’histoire m’intéressait parce qu’elle est à la fois banale et invraisemblable, se souvient Marc-André Grondin. Il n’y a rien de glamour, pas de rebondissements hallucinants, c’est plate, c’est triste, c’est tragique. C’est le genre d’histoire qui se passe partout dans le monde et qui arrive à bien du monde. Ça arrive tout le temps, ça va encore arriver. Heureusement qu’on n’a plus la peine de mort chez nous. Ce qui m’a frappé après avoir tourné le film, c’est d’avoir l’impression qu’il y a deux justices: celle des riches, celle des pauvres. Si Michel Dumont avait été président d’une compagnie, ce ne serait jamais arrivé ainsi. »

« Ce qui est apeurant, c’est qu’une histoire comme celle-là peut arriver à n’importe qui, confie Marilyn Castonguay. À mon avis, ils ont été abusés parce qu’ils venaient d’une classe sociale inférieure, qu’ils étaient sans défense, sans argent. Jusqu’à preuve du contraire, on est innocent, mais dans ce cas-ci, c’est l’inverse. Et quand tu fais des recherches sur Michel Dumont, tu découvres qu’il n’est pas le seul à avoir subi ça, que d’autres ont eu des peines plus longues. Notre système n’est pas si hot que ça, finalement. J’espère que ce film va brasser les choses; ce n’est pas le but, mais quand tu racontes une histoire vraie, c’est pour revendiquer, questionner. »

Rendre justice

En décidant de porter à l’écran ce fait divers ayant fait beaucoup de bruit dans les médias, Podz voulait s’approcher au plus près de la vérité. Pas question pour le réalisateur de 101/2 d’embellir ou d’enlaidir la réalité. Ce qui comptait à ses yeux, c’était de rendre justice autant aux véritables protagonistes qu’à l’époque où les faits se sont déroulés.

« Avec Podz, on se promenait de salle en salle au palais de justice, révèle Grondin. C’était long! On ne comprenait rien! Moi qui me suis tapé des saisons de 48 Hours Mystery, qui suis quelqu’un de curieux, j’étais vraiment perdu. J’imaginais comment un homme peu instruit qui n’est pas coupable et qui fait confiance à la justice ne sait pas ce qui se passe autour de lui. À un moment donné, Podz m’a dit à quel point il avait trouvé ça plate et qu’il allait le tourner ainsi afin de montrer comment c’est. »

À l’instar de son partenaire, Marilyn Castonguay s’est inspirée des archives télévisuelles concernant le couple Dumont-Tremblay: « Le gros enjeu, c’était de rendre justice à Solange; je voulais qu’elle se reconnaisse. Il ne fallait pas la caricaturer pour ne pas qu’elle se sente jugée. Il ne fallait pas qu’elle devienne un personnage, mais qu’elle demeure une vraie personne; c’est ce que je trouvais dur, cette référence humaine. J’ai voulu lui être fidèle, mais je n’ai pas forcé la note. »

Cinéaste cinéphile, pour ne pas dire cinévore, Podz ne s’est étonnamment pas tourné vers les drames judiciaires pour puiser son inspiration: « Je me suis inspiré de Control d’Anton Corbijn, le film sur Ian Curtis. Je n’ai pas imité les cadres de Control, mais ce que j’aimais bien là-dedans, c’est qu’on est là et il n’y a pas de questions. On se sent vraiment à l’époque où le réalisateur a pris des photos de Joy Division. Dans mon film, on est en 1990, la caméra est là comme si on avait tourné au jour le jour. Je voulais qu’on sente ce que c’est que d’être dans cette maison. »

« Je n’ai pas de problèmes moraux avec ce film-là parce que j’ai fouillé ma conscience et j’en suis sorti indemne. Je ne veux pas être pompeux, mais je voulais faire une exploration de la vérité. L’extrait d’Enjeux que j’ai choisi de montrer est-il plus vrai que la fiction? Je ne dis jamais s’il y a eu viol ou non – moi, je pense qu’il y en a eu un, mais je ne sais pas à quelle époque. Je suis convaincu que le coupable n’est pas ce gars-là, mais c’est clair que cette femme a vécu bien des affaires. Elle est aussi une des héroïnes du film parce qu’elle a dit qu’elle s’était trompée, mais personne ne l’a écoutée parce que ça devenait trop compliqué. Comme cinéphile, je me demandais où était la vérité, à l’intérieur ou à l’extérieur du cadre », conclut Podz.

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L’affaire Dumont

Avec un souci de véracité qui l’honore une fois de plus, Podz signe un drame judiciaire âpre et sombre qui s’inscrit parfaitement dans sa courte mais déjà remarquable filmographie. Basé sur un solide scénario de Danielle Dansereau, chez qui l’on reconnaît ce même soin méticuleux de rendre justice aux faits tout en demeurant impartiale, L’affaire Dumont n’est certainement pas un film qui séduit d’emblée. À des lieues des flamboyants drames judiciaires à l’américaine ponctués de vibrants plaidoyers, celui-ci traduit crûment les failles et les dérapages d’un système judiciaire. Fort d’une reconstitution d’époque d’un réalisme parfois dérangeant, L’affaire Dumont surprend par son austérité. Alors que l’histoire qu’il raconte est révoltante, choquante, émouvante, jamais Podz ne dicte la conduite du spectateur, posant sa caméra discrètement dans l’intimité des Dumont-Tremblay.

Ayant hérité d’un rôle ingrat à porter, celui de la victime sans défense, Marc-André Grondin, méconnaissable, n’a pas de difficulté à faire croire au sentiment d’écrasement, d’impuissance et de désarroi de Dumont. À ses côtés, Sarianne Cormier et Marilyn Castonguay, toutes deux criantes de vérité dans des rôles diamétralement opposés, s’imposent comme les révélations du film. De même, Kathleen Fortin, en présumée victime, fait montre d’une belle justesse. Alors que tous auraient pu crouler sous les artifices du maquillage, sombrer dans la cruelle caricature ou la plate imitation, on sent chez eux cette même volonté de redonner aux victimes du drame une dignité. En résulte une oeuvre saisissante qui, à défaut de plaire, heurte et bouleverse.