La vie d'une autre : Mémoire sélective
Cinéma

La vie d’une autre : Mémoire sélective

Pour son premier long métrage, l’actrice de talent et romancière Sylvie Testud s’est basée sur le roman La vie d’une autre de Frédérique Deghelt.

Dans La vie d’une autre, Juliette Binoche prête ses traits à Marie, redoutable femme de carrière qui, le jour de son anniversaire, se réveille amnésique. Son dernier souvenir remonte à une dizaine d’années. Elle se rappelle, comme si c’était hier, le début de sa romance avec Paul (Mathieu Kassovitz, effacé), mais découvre avec stupeur qu’en plus d’avoir un fils, elle est sur le point de divorcer.

On doit reconnaître que la genèse du récit est fertile en possibilités et que diverses avenues auraient pu être empruntées. Il est d’ailleurs probable que Sylvie Testud ait succombé à la tentation de s’ouvrir à trop d’options, ce qui n’a peut-être pas aidé puisque le scénario laisse souvent place à l’égarement et l’ambivalence. Par conséquent, les faiblesses sont multiples et font en sorte que les questions existentielles qui auraient dû faire surface dans une telle situation se retrouvent pratiquement au rancart. Les motivations et réactions de la plupart des personnages deviennent aussi discutables.

En plus des lacunes scénaristiques, il faut se contenter d’une mise en scène tout ce qu’il y a de plus commun. Juliette Binoche, radieuse lorsqu’elle sourit, se montre émouvante à la toute fin. Autrement, elle ne sait pas trop sur quel pied danser. Kassovitz privilégie, quant à lui, l’économie de moyens (à la maigreur de son texte, aurait-il pu faire autrement?). Bref, la plupart des acteurs semblent en perte de repères.

Sans être désagréable à regarder – et notre curiosité poussant à vouloir connaître la suite des événements -, la production laisse dès le départ un sentiment de maladresse. La mise en situation paraît laborieuse et il n’est pas rare que Testud accorde trop d’importance à des séquences et événements qui n’auront finalement que très peu ou aucune incidence sur la suite des choses.

Dommage qu’il soit si inégal, car La vie d’une autre possédait plusieurs atouts qui auraient pu donner lieu à une comédie fantaisiste et romantique touchante, ou à un drame familial poignant teinté d’une jolie histoire d’amour. Tergiversant sans cesse entre le comique et le dramatique tout en privilégiant une grande part de flou, l’ensemble laisse perplexe.

En salle le 21 septembre