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My Prairie Home : Dans un pays près de chez vous
Cinéma

My Prairie Home : Dans un pays près de chez vous

Plus qu’un simple documentaire musical, Mes prairies, mes amours (My Prairie Home), de Chelsea McMullan, nous plonge avec goût et respect dans la vie du chanteur transgenre Rae Spoon.

Le chanteur canadien Rae Spoon aurait de quoi faire saliver Denis Lévesque qui n’hésiterait pas à lui poser les «vraies questions» en direct à la télé. Lesbienne devenue transgenre, le musicien a grandi dans les très conservatrices prairies canadiennes, au cœur d’une famille catholique qui l’a vite mis en garde contre le Jugement dernier. C’est la musique qui a sauvé Rae Spoon, lui permettant de s’exprimer et d’analyser une réalité qu’il a longtemps dû cacher.

Heureusement loin des méthodes de travail de Lévesque, la réalisatrice canadienne Chelsea McMullan s’est intéressée à la vie atypique de Rae Spoon pour produire son nouveau documentaire, Mes prairies, mes amours. Si McCullan arrive habilement à éviter tout voyeurisme ou sensationnalisme, c’est qu’elle raconte l’histoire de Spoon par l’intermédiaire de ses compositions, point central du long métrage. Ainsi, Mes prairies, mes amours est un documentaire musical extrêmement personnel, une quête identitaire aux allures de road movie puisque la réalisatrice suit Rae Spoon lors d’une tournée canadienne qui passe justement par les prairies.

Pendant que McMullan (nommée au Génie dans la catégorie Meilleur court documentaire pour son film Derailments) immortalise les plaines canadiennes avec poésie, on sent Rae Spoon grandir sous nos yeux. Non seulement le musicien profite-t-il du film pour écrire de nouvelles chansons sur son enfance, mais certains passages laissent entrevoir qu’il fait la paix avec son passé. Il reproduit notamment, avec sa copine de l’époque, le bal des finissants qu’ils avaient manqué. La scène est touchante. Elle nous fait réaliser toute l’importance qu’a eu cette première flamme dans le processus d’affirmation et d’estime de soi de Spoon.

On sent également que le cheminement de l’artiste n’est pas terminé, comme lorsqu’il passe tout près de revoir son père pour la première fois depuis des lustres alors que ce dernier assiste au concert de son fils tout au fond d’une salle de concert de Régina, tapi dans l’ombre. Aussi délicat qu’il peut être, le sujet est traité avec respect et jamais l’on écrase le spectateur à coups d’émotions racoleuses.

À l’affiche le 13 décembre

Bande sonore disponible en écoute ici: raespoon.bandcamp.com/album/my-prairie-home