Répétition générale pour une exécution : RVCQ: Bahman Tavoosi reconstitue un siècle d'oppression
Cinéma

Répétition générale pour une exécution : RVCQ: Bahman Tavoosi reconstitue un siècle d’oppression

En reconstituant à sa manière une célèbre photo d’exécution prise pendant la Révolution iranienne en 1979, le documentariste montréalais d’origine iranienne Bahman Tavoosi embrasse du regard un siècle complet d’oppression. Son film Répétition générale pour une exécution témoigne de l’expérience.

Le parcours de Bahman Tavoosi est impressionnant. Dès l’âge de 17 ans, il commence à travailler comme journaliste dans son Iran natal. Il écrit sur la politique, mais davantage sur les films et la littérature. Pas étonnant que, lorsqu’il atterrit au Québec quelques années plus tard et devient cinéaste, il réalisera des films dans lesquels règnent les fantômes d’autres films et d’autres images: il se passionne pour le discours de l’image dans notre société et multiplie, dans son propre travail, les mises en abyme. «L’histoire du cinéma m’habite et me passionne, dit-il. Car le cinéma a été une révolution majeure. Mais elle a des visages contradictoires. D’un côté, le cinéma a été utilisé à mauvais escient par des idéologues qui ont manipulé le réel. De l’autre, il a été utilisé par des artistes de manière très libératrice et son potentiel est infini en ce qui concerne la liberté des peuples, la liberté de parole et les possibilités d’expression de l’expérience humaine.»

C’est cette possibilité d’émancipation par l’art qu’explore le documentaire Répétition générale pour une exécution, à l’affiche des Rendez-vous du cinéma québécois pour une seule projection avant d’être diffusé par la BBC (en août prochain) et de poursuivre sa route des festivals. Tavoosi y dévoile le processus de reconstitution d’une célèbre photographie de Jahangar Razmi, montrant des prisonniers sur le point d’être exécutés. Gagnante du prix Pullitzer, cette image est demeurée anonyme pendant 25 ans jusqu’à ce que son auteur, ne craignant plus les représailles des autorités, se dévoile en 2006 par l’entremise d’un article du Wall Street Journal.

«Cette histoire là m’a alors fascinée, explique le cinéaste, mais j’étais en Iran à ce moment-là et penser à faire une reconstitution de cette image là-bas était impossible: elle avait été controversée pendant 30 ans, je ne voulais pas me retrouver moi-même dans 30 années de galère. Arrivé au Canada, j’ai mis en branle le processus. Mon intérêt était de déplacer la photo, de la transposer, de la délocaliser, pour la faire passer d’une situation précise (la révolution iranienne) jusqu’à un contexte universel. Le Canada m’est apparu le lieu tout désigné pour réaliser cette image, à cause du multiculturalisme assez harmonieux de cette société. Depuis que je suis ici, de nombreux immigrants comme moi m’ont raconté leurs histoires et ces parcours troublants atterrissent tous ici, dans une certaine sérénité. Il a fallu deux ans pour récolter les histoires et mettre en place la distribution. Chaque individu sur la photo a été choisi en raison de son parcours de vie. Leurs histoires sont ancrées dans l’histoire du 20e siècle, ils impliquent la plupart du temps des individus se dépêtrant avec des régimes totalitaires, et impliquent parfois des histoires de torture et différentes formes de répression.»

Le film, par un jeu supplémentaire de mise en abyme, ne montre pas Bahman Tavoosi lui-même en train de réaliser sa reconstitution photographique, mais un acteur qui joue son rôle. Traversé d’une narration qui raconte le processus de reconstitution mais aussi les parcours de ses principaux protagonistes, le film embrasse un siècle complet de répression en gardant une certaine distance, un recul bienveillant.

«Souvent, explique Bahmna Tavoosi, ces gens-là ne désirent pas raconter leur histoire parce qu’elle est trop douloureuse. Il m’a fallu personnellement beaucoup de temps pour convaincre la plupart de ces personnes de participer à la reconstitution photographique, et ils ont bien voulu me raconter leur histoire dans l’intimité pour que je l’évoque ensuite dans la narration du film, doucement. Le film, donc, ne cherche pas les prises de parole mais s’intéresse à la performativité des corps. Je trouvais intéressant d’être dans un rapport performatif avec cette image d’exécution, de montrer sa reproduction avec des moyens théâtraux. Ça me semble être un moyen de questionner cette image, de proposer une réflexion, qui serait personnelle à chacun, sur l’oppression vécue par les hommes au cours de ce siècle. C’est la théâtralité qui permet ce recul, cette distance et cette réflexion.»

 

Répétition générale pour une exécution est présenté ce soir, vendredi 28 février, à 18h à la Cinémathèque québécoise, dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois

 

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