Ne manquez rien avec l’infolettre.
Festival du nouveau cinéma 2014

FNC / Regards croisés sur la jeunesse d’aujourd’hui : Hormones sous la loupe

La jeunesse appelle le cinéma comme la lune, la marée. Cycliquement. D’une force magnétique et irrésistible. Le thème est si vaste et si rassembleur qu’on y revient toujours. Et on peut compter sur le FNC, dans son rôle de sentinelle et de défricheur des nouveaux talents, pour être un témoin fidèle de cette production nourrie de jeunes pousses. Regard sur les films de Céline Sciamma et Ivan I. Tverdovsky.

En cette 43e édition, on retiendra notamment deux titres porteurs, l’un en Compétition internationale et l’autre en Présentation spéciale, soit Corrections Class, un premier long métrage éloquent du Russe Ivan I. Tverdovsky, et Bande de filles, le troisième film-événement de la Française Céline Sciamma. Le premier fut honoré au Festival international du film de Karlovy Vary; le second en a soufflé plus d’un en ouverture de la dernière Quinzaine des réalisateurs, à Cannes.

Chez Tverdovsky, on prend à bras-le-corps un sentiment rugueux propre à l’adolescence: celui de ne pas être outillé pour affronter la vie, d’être incomplet mais surtout impuissant à trouver ce qu’il nous manque. Par la figure de Lena (vibrante Maria Poezhaeva), une jeune handicapée en fauteuil roulant, qui s’impose rapidement de par sa grande force de caractère auprès de ses camarades en troubles d’apprentissage, le cinéaste nous tire vers la lumière, suggérant que la violence la plus ordinaire – les insultes proférées par les élèves dits normaux, le désintéressement des profs ou le peu de foi qu’on place en eux – demeure un obstacle surmontable. Et le cheval de Troie de cette apparente harmonie sera nul autre que l’éveil amoureux. Comme quoi la violence emprunte parfois des habits doucereux.

Chez Sciamma, comme dans ses précédents Naissance des pieuvres et Tomboy, la jeunesse brûle de désir. Tout est question de regard et de miroir. Bien avant de s’interroger avec lucidité sur leur identité profonde, les jeunes femmes noires qu’elle dépeint avec doigté arpentent la Cité avec des questions crachées à la face du monde. Mais qu’attend-on de nous? Et pourquoi ne pourrions-nous pas gueuler aussi fort que les hommes? Et qui donc distribue les rôles que nous nous devons de jouer? À 16 ans, Marieme (Karidja Touré, la révélation de la Quinzaine, aux yeux de plusieurs) ne trouvera grâce aux yeux des autres – et surtout aux siens – qu’en changeant son prénom pour celui de Vic, au gré des humeurs exaltées d’une bande vite apprivoisée. À chacune sa porte d’entrée pour appartenir à un clan, quel qu’il soit.

Les deux réalisateurs s’appuient tous deux sur des visages inconnus, recrutés pour certains par un processus de casting sauvage, qui confèrent à l’ensemble une fraîcheur et un enthousiasme contagieux. Mais plus encore, ils prennent le pari de créer une véritable communauté autour de leurs protagonistes, qui une classe complète aux handicaps divers, qui la bande de filles du titre, recréant des micro-sociétés vertigineuses, parce qu’aux codes encore flous et aux mœurs évolutives. La solitude d’une jeunesse face à elle-même trouve écho dans les remparts classiques et incontournables des amitiés troubles et des amours nouvelles. Et les beautés fulgurantes et les désillusions du monde adulte s’y profilent douloureusement.

Si chez Tverdovsky et Sciamma la rigueur formelle et l’authenticité des enjeux sont de mise, rappelant par là Lars Von Trier ou Abdellatif Kechiche, leurs personnages sont aussi capables de décoller de terre, ne serait-ce qu’un instant, pour mieux renouer brutalement avec leur quotidien. Dans Corrections Class s’immisce un réalisme magique très subtil, à la Jo pour Jonathan, autour de l’allégorie du chemin de fer. Le noyau dur de cette classe spéciale se retrouve régulièrement à tester les limites du danger et des plaisirs extrêmes sur les rails. Jusqu’à en perdre momentanément leurs sens. Dans Bande de filles, un air connu de Rihanna vient sublimer la féminité et les pulsions de vie exacerbées des quatre inséparables amies, dans ce que d’aucuns considèrent déjà comme une scène d’anthologie. Deux films qui ont les deux pieds dans l’adolescence, sur le mince fil entre l’intensité du moment présent et la nécessité de se rêver grand.

Pour d’autres offrandes aussi hormonales, on pourra attraper au vol Hermosa juventud de l’Espagnol Jaime Rosales, l’histoire d’une grossesse imprévue qui mène deux jeunes à se prendre en main; Xenia du Grec Panos H. Koutras, qui met en scène deux frères écartelés entre leur mythologie familiale et leur soif de reconnaissance;et Incompresa de l’Italienne Asia Argento, sur une fillette submergée par le tumulte de l’existence, film qu’on oserait décrire comme un Léolo sur l’acide.

 

Corrections Class, en Compétition internationale (13 & 14 octobre)
Bande de filles, en Présentation spéciale (16 & 18 octobre)

Hermos juventud, en Présentation spéciale (11, 12 & 16 octobre)

Xenia, en Compétition internationale (13 & 14 octobre)

Incompresa, section Temps Ø (11 & 19 octobre)

 

 

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie