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FCVQ 2015

Maurice, de François Jaros : Mourir dignement

Son précédent film, Toutes des connes, a séduit pour son rythme syncopé et son humour ravageur. En dévoilant Maurice , François Jaros change de registre et raconte, par petites touches, la douce fin de vie d’un homme qui veut déjouer son propre déclin. Entrevue.

François Jaros / Crédit: JStheBest.com (Jean Sebastien Francoeur)
François Jaros / Crédit: JStheBest.com (Jean Sebastien Francoeur)

«Je ne suis pas l’homme d’une seule signature», dit François Jaros quand on lui demande comment expliquer son changement de ton. De Toutes des connes (à voir sur ICI TOU.TV), court film mettant en vedette un Guillaume Lambert tour à tour exaspéré et revivifié par une série de ruptures amoureuses et de renaissances, on avait aimé le rythme rapide et la fulgurance humoristique. Mais Jaros est un «enfant de la pub», habitué de «changer de ton et d’esthétique selon la nature des projets» et, pour lui, «pas question de creuser le même sillon deux fois».

Coscénarisé par Marie-Eve Leclerc-Dion, Maurice est un court métrage qui prend son temps et qui montre, à travers une suite de petits gestes, les dernières semaines de vie d’un homme atteint de sclérose latérale amyotrophique (la désormais célèbre maladie de Lou Gehrig, à laquelle le grand public est sensibilisé depuis les innombrables vidéos du Défi du seau d’eau glacée). Presque ritualisant tant il sublime le quotidien de Maurice (Richard Fréchette), le filmant affairé à vendre sa voiture ou prendre des arrangements funéraires, le film raconte l’absurdité de la mort tout en gardant un oeil émerveillé sur une existence faite de petits riens.

«Marie-Eve et moi, explique François Jaros, avons tous deux accompagnés, récemment, des malades en fin de vie parmi nos proches: des gens qui, littéralement, se préparaient à mourir, dans une lente mise en place de l’espace propice à accueillir la mort, dans une lente acceptation. Ce contexte-là, bien sûr, est propice à de grandes remises en question, à un resserrement de soi sur sa cellule proche, sa famille – il y a dans cette préparation à la mort un territoire humain très riche, que nous avions envie d’explorer. Il y a aussi du ludisme dans ce moment étrange où l’on mutliplie les gestes absurdes de préparation de sa propre mort. Au fond, le film raconte l’histoire d’un homme qui vide son garage. Il y a une perspective comique, en filigrane.»

Mourir ou ne pas mourir?

Pour échapper au fulgurant déclin que lui réserve la maladie de Lou Gehrig, Maurice n’hésitera pas à préparer une sortie douce, cochant au calendrier une date à laquelle il prévoit avaler quelques pilules le menant à un doux trépas. «C’est une maladie fulgurante, explique Jaros, qu’il est impossible d’enrayer. À partir du diagnostic, ceux qui en sont atteints ont généralement 3 ans à vivre mais seulement 6 mois d’autonomie: la dégradation est rapide et brutale.»

L’histoire de Maurice a de quoi résonner fort dans un Québec qui se prépare à mettre en place la loi sur le droit de mourir dans la dignité. Se défendant d’avoir voulu faire un film politique – c’est une oeuvre avant tout intimiste –, François Jaros se plaît à constater que le court métrage crée le débat autour de l’euthanasie et agite ses enjeux complexes, entre droit à la mort digne et attachement à la vie. «On ne veut pas prendre la position sur le droit de mourir dans la dignité. Mais il est clair que le film engage la discussion à ce sujet. On a aussi voulu explorer la relation entre l’idée qui préside à l’euthanasie et le choc avec la réalité concrète. Le jour J, est-on vraiment prêt à concrétiser l’idée?»

«Je pense aussi, poursuit-il, que le film va nous mener à se poser la question de la valeur de la vie. Comme tous les films sur la mort, il parle de l’angoisse de mourir mais il rappelle aussi l’importance de la vie. C’est un peu cheesy mais c’est ce qu’on voulait explorer: les petits moments de vie qui apparaissent soudainement précieux à l’approche de la mort. En faisant des recherches, on a aussi découvert que les gens en phase terminale n’ont généralement pas envie de faire des trucs fous comme un saut en parachute ou un voyage à l’autre bout du monde. La plupart du temps, ils veulent simplement finir la saison du Canadien, suivre un feuilleton, inscrire la fin de leur vie dans un continuum et, surtout, observer leur quotidien et leurs proches d’un nouvel oeil, plus émerveillé.»

Lou Gehrig, le sportif américain qui a donné son nom à la maladie, est aussi présent dans ce film où résonnent les dernières paroles publiques qu’il a prononcées: «I might have been the luckiest man on Earth». Jaros et Leclerc-Dion, à vrai dire, voient beaucoup de similitudes entre la vie de Gehrig et de Maurice. «Tous deux veulent se retirer de la vie avant le déclin, de manière digne, et tous deux ont été des hommes discrets mais conscients de la belle vie qu’ils ont menée, même si elles furent de nature bien différentes.»

Avec la narration en voix hors-champ d’Yves Jacques, «pour avoir accès à la lucidité et l’intériorité du personnage sans sombrer dans le pathétisme ou le mélo», Maurice offre un beau rôle à Richard Fréchette, acteur habitué aux rôles secondaires mais doté d’une forte présence, que la caméra d’Olivier Gossot sait ici magnifier. «Je suis un immense fan de Richard Fréchette, dit François Jaros. C’est quelqu’un qui a une vaste palette de jeu mais surtout un regard puissant et une vie intérieure immense.»

 

// Mise à jour, 11 septembre 2015: Maurice de François Jaros sera présenté au Festival de cinéma de la ville de Québec. Pour connaître la liste des films présentés conjointement, rendez-vous via fcvq.ca 

Samedi le 19 septembre à 15h30 au Théâtre Les Gros Becs

Mercredi 23 septembre à 21h30 au Cinéma Cartier

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