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Du bois et des hommes dans le premier film de Guillaume Monette
FCVQ 2015

Du bois et des hommes dans le premier film de Guillaume Monette

À Regard sur le court métrage au Saguenay, le volet Tourner à tout prix permet de découvrir de nouveaux cinéastes offrant des films inspirés mais tournés sans financement, avec beaucoup d’huile de coude. Notre préféré de la sélection de cette année est Moulures, un film rural et masculin de Guillaume Monette, mieux connu comme membre du groupe 3 gars su’l sofa. Entrevue.

Guillaume Monette est originaire de Victoriaville. C’est donc dans le «berceau du développement durable» qu’il a naturellement eu envie de tourner son premier court métrage, lui donnant une texture régionale fièrement assumée. On y entre dans le quotidien d’une usine de moulures de bois où le jeune Jonathan (Patrick Martin) vient d’être engagé pour l’été. Mais se pointer au boulot avec la New Beetle orange de sa mère n’aura pas été sa meilleure idée: dans ce monde hétéronormatif stéréotypé, où l’on parle dru et où règne au quotidien une cordiale ambiance de confrontation, la voiture aux courbes voluptueuses lui vaudra rapidement l’étiquette de «tapette».

Réalisé sans grand budget, en une seule journée de tournage, Moulures observe cette troupe de mâles sans camoufler leurs allures de brute mais sans non plus les juger, aménageant aussi un regard tendre envers ces hommes qui travaillent dur et ne feraient pas vraiment de mal à une mouche.

«Je suis comme tous les cinéastes, dit Guillaume Monette. Ça me mettait en confiance de mettre en scène, dans mon tout premier film, des éléments rassurants, des trucs que je connais bien. J’ai travaillé dans cette usine de moulures quand j’avais 16 ans, à Victo. Le patron de l’usine, dans le film, est d’ailleurs le véritable contremaître avec lequel j’ai travaillé. Mais j’ai aussi voulu camper ce récit dans une usine parce que cet univers-là m’apparaît cinématographiquement riche. Mais au-delà de tout ça, vraiment, le désir de mettre en scène ma région, de la poétiser, de la montrer telle qu’on ne la voit jamais, ça m’allume beaucoup.»

Dans un hyperréalisme mêlé d’humour décalé, le film de Monette surprend par sa justesse de ton et par un personnage d’employé douchebag se révélant progressivement plus complexe qu’il en a l’air (savoureux Claude Gagnon dans un rôle à contre-emploi).

«L’humour m’est naturel, dit Monette, mais j’aime rire de choses qui ne sont pas drôles à première vue. Ces travailleurs d’usine, avec leurs maladresses et leur caractère un peu frondeur, sont au centre d’un univers masculin parfois stéréotypé, qu’il faut savoir observer un peu de biais. Mais je voulais plus-que-tout que ce film plaise aux vrais gars de shop, qu’ils s’y reconnaissent. Ce n’est pas une satire ou une parodie, et j’ai essayé de les dépeindre sans jugement. Ces gens-là, travailleurs d’usine, forment une grande partie de la population du Québec, ils sont une force agissante dans notre société et j’essaie de leur accorder, dans ce film, le respect qu’ils méritent. C’est un milieu où les choses se disent crûment, où y’a de l’homophobie, une certaine forme d’humiliation, mais où, tout de même, on trouve des gens de coeur et des travailleurs ardents, qui m’inspirent beaucoup de tendresse.»

C’est aussi un milieu peu propice à la communication, où se rencontrent des jeunes gens en recherche d’eux-mêmes et des vieux travailleurs qui font partie des meubles. Plane au-dessus d’eux, malgré la diversité de ce portrait, une forte pression sociale, une imprécation à rentrer dans le rang, à ne pas déroger aux règles non-écrites de cet univers ouvrier. «Ce film-là est vraiment un film sur le conformisme, explique le cinéaste. C’est un film sur un monde qui force tout le monde à agir pareil et à se conformer à des comportements précis, souvent limitatifs. Le titre, Moulures, renvoie à l’usine de moulures qui en est le décor mais aussi à l’idée de «se mouler», se laisser «modeler» par un contexte social codé.»

On fera remarquer au passage au réalisateur que son film traite aussi, puissamment, d’une masculinité québécoise en mutation. «C’est vrai, t’as raison. Mais c’est un thème sous-jacent, à mes yeux. L’homme québécois va rarement bien dans notre cinéma, il n’est pas reluisant. Je constate en effet que mon film s’inscrit dans ce registre de films sur la masculinité contemporaine, une masculinité dans laquelle la voiture que tu conduis, ou ton degré de maîtrise de l’attitude mâle, sont des indices de mesurabilité de la virilité, qui est l’objectif ultime à atteindre.»

 

// Mise à jour, 11 septembre 2015: Moulures de Guillaume Monette sera présenté dans le cadre du Festival de cinéma de la ville de Québec. Pour connaître la liste des films présentés dans le même programme, rendez-vous via fcvq.ca

Samedi le 19 septembre à 13h au Théâtre Les Gros Becs

Mercredi le 23 septembre à 19h au Cinéma Cartier