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Adam Kosh offre un regard sur l'hypersexualisation dans Douce amère
FCVQ 2015

Adam Kosh offre un regard sur l’hypersexualisation dans Douce amère

«J’ai fait un film féministe», dit le comédien et réalisateur Adam Kosh au sujet de Douce amère, l’un des courts métrages les plus remarqués au festival Regard sur le court métrage après avoir été lauréat du prix du meilleur film court au festival de Williamsburg et après un passage à Cannes. Discussion.

Le réalisateur Adam Kosh et la comédienne Willia Ferland-Tanguay lors du tournage de Douce Amère
Le réalisateur Adam Kosh et la comédienne Willia Ferland-Tanguay lors du tournage de Douce Amère

Film d’atmosphères qui mise beaucoup sur le non-dit et sur des cadrages serrés qui zooment sur l’intériorité des personnages, Douce amère met en scène deux sœurs aux personnalités contrastées. Béatrice, 14 ans, et Fanny, 17 ans, cherchent à exister dans le regard de l’autre et leur désir de plaire les mènera, lors d’une soirée arrosée, aux portes d’une sexualité tiraillée, pas toujours épanouissante. Le scénario d’Éliane Gagnon évoque l’abus sexuel en cultivant des zones de gris que la réalisation d’Adam Kosh accentue et déploie délicatement.

«J’ai aimé tout de suite le scénario et sa manière très délicate de traiter de cet enjeu», dit le réalisateur trentenaire, connu pour ses nombreux rôles à la télé mais aussi pour la réalisation de quelques webséries (C.A.N.C.A.N, Zieuter.tv et Les berges). «Je suis heureux qu’Eliane soit venue vers moi, un gars sensible à la cause féministe mais certainement pas un gars qui oserait se dire féministe. Je ne me sens pas assez documenté pour me proclamer féministe, surtout dans un contexte actuel de prolifération d’une parole féministe très multiple et fragmentée. Mais je m’y intéresse énormément, et je pense que ça donne une sorte d’équilibre, ce jumelage des regards féminins et masculins dans le film. Il y a en ce moment chez notre génération une vague de renouveau de la prise de parole féministe qui devrait faire en sorte que le film soit abondamment discuté. Tant mieux.»

Soyons clairs: il ne s’agit pas d’un film militant mais d’un court métrage qui pose son regard sur des personnages féminins en quête de soi, que les imprécations sociales à séduire et l’obsession du regard de l’autre mènent à de dangereuses extrémités. Le film questionne ainsi la tyrannie des apparences, le désir de plaire à tout prix, notamment par une sexualité très affichée. «Bien que ce soit un peu convenu de faire un film là-dessus, dit Adam Kosh, puisque c’est une thématique surexploitée et quasiment éculée, je pense que le scénario installe toutes les nuances nécessaires. Le personnage de Béatrice, la plus jeune sœur, se retrouve dans une situation sexuelle et on se doute qu’elle n’est pas pleinement consentante. Mais le film cultive le flou et les zones de gris à cet égard, parce que beaucoup d’éléments entrent en jeu dans la situation et on voulait éviter un regard manichéen qui ferait unilatéralement d’elle une victime et de son partenaire un agresseur. Je préfère que les spectateurs tirent leurs propres conclusions mais, par contre, le film devrait assurément permettre de réfléchir à la notion de consentement sexuel.»

On peut dire qu’après l’affaire Gomeshi et le mouvement #AgressionNonDénoncée, le sujet est plus que jamais d’actualité. Adam Kosh est conscient du caractère explosif du sujet – aussi a-t-il voulu faire œuvre de prudence et de modération. «Il s’agit aussi de montrer que le viol, ou les différentes formes d’abus sexuel, ne se produisent pas de manière caricaturale dans les fonds de ruelle. Dans la vie de Béatrice, l’événement se produit dans un party et se déroule après un flirt tout à fait normal avec un jeune homme qui lui plaît, ce qui ne veut pas dire qu’elle est pleinement consentante mais ne signifie pas non plus que l’homme a agi en pure brute. C’est une situation qu’il faut observer d’un regard mesuré.»

Fait intéressant: les comédiennes Willia et Léalie Ferland-Tanguay sont sœurs dans la vraie vie. «Ça a permis, de dire Adam Kosh, de faire apparaître à l’écran une profonde chimie entre elles, qui n’avait pas besoin d’être dite, qu’on a laissée se déployer sans trop l’appuyer, en se mettant tout simplement à l’écoute. À travers elles, le film explore aussi l’adolescence et son mal-être, mais aussi son côté aventurier, dans un récit de passage à l’âge adulte qui obéit à une structure assez classique de rite initiatique.»

 

// Mise à jour, 11 septembre 2015: Douce amère sera présenté dans le cadre du Festival de cinéma de la ville de Québec en programme double avec Dora ou les névroses sexuelles de nos parents de la réalisatrice Stina Werenfels.

Samedi 19 septembre à 19h au Cinéma Cartier

Vendredi 25 septembre à 21h30 au Cinéma Cartier