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Cinéma

Cheatin’ : Passion foudroyante

Cinéaste d’animation indépendant, auteur d’une quarantaine de courts et longs métrages tous plus singuliers les uns que les autres, Bill Plympton signe une nouvelle offrande tout aussi sensuelle que décapante.

L’hurluberlu américain, qui nous a donné I Married a Strange Person!, Mutant Aliens et Idiots and Angels, s’est lancé dans le sociofinancement, via Kickstarter, pour accoucher de plus de 40 000 dessins à la main, dont les couleurs seraient ensuite numérisées. Ainsi est né Cheatin’, prix du jury au Festival international du film d’animation d’Annecy, où Bill Plympton a déjà par deux fois remporté le Grand Prix. L’artiste y délaisse le militantisme, les fables sociales et les extraterrestres pour raconter tout simplement – à chacun sa vision de la simplicité – un coup de foudre qui vire à la vendetta.

Une grande dame aux yeux verts marche dans la ville, avec sa robe presque aussi vaste qu’un chapiteau. Tous les regards se tournent sur son passage, mais elle n’en a cure et poursuit son chemin, un livre à la main. Jusqu’à ce qu’un animateur de foire la tourne en dérision et la force ainsi à faire un tour d’auto tamponneuse. Dans l’arène, il y a de l’électricité dans l’air – au sens propre comme au sens figuré – et un accident plus tard, voilà la belle qui se noie dans les yeux d’une armoire à glace… à la taille de guêpe!

Dès lors, l’amour-fusion domine le tableau d’ensemble, jusqu’à ses dérapages connus, mais ici distordus, de la jalousie, de l’adultère et du trouble de personnalités. Si la prémisse passionnelle a déjà fait recette, Plympton s’assure d’en brouiller les cartes et de décoller vite fait du plancher des vaches. Les situations comme les personnages sont toujours très contrastés, que ce soit dans leurs formes, leurs couleurs ou leurs aspérités. La fantaisie s’invite dans presque tous les plans, des larmes qui coulent en déluge aux séances de magasinage-ballet, sans oublier une mystérieuse machine tout aussi fantasmatique que futuriste.

Les points de vue sur la romance se multiplient – découpage à vol d’oiseau, mitraille de variations sur un même thème, dessin qui chasse l’autre avec ingéniosité. L’emprise joyeuse qu’a le film sur le spectateur – du moins celui qui n’est pas irrité par l’absence de dialogues et ouvert aux onomatopées qui rappellent la bande dessinée – est due bien sûr aux trouvailles de réalisation de Plympton, mais plus encore à la vivacité de son coup de crayon.

Tantôt caricatural façon cartoon décomplexé, tantôt aussi raffiné qu’un Frédéric Back sous influence, son style épouse pleinement les libertés du scénario. Le dessin est moins achevé ou plus vivotant dans les épisodes de rêverie, s’arrime aux explosions de couleurs de l’art naïf pour un petit délire opératique, etc. Le travail musical de Nicole Renaud est d’ailleurs un complément délectable et survolté à ce petit bijou d’animation au deuxième (et troisième) degré, qui égratigne et magnifie le couple avec éclat.

À noter que le film sera précédé du court métrage Mynarski Chute mortelle du cinéaste albertain Matthew Rankin, maintes fois primé et tout aussi original que l’œuvre de Plympton.

 

En salle le 1er mai, en exclusivité au Cinéma du Parc

 

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