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Top 3 : Érotisme au paroxysme
2016, année érotique?

Top 3 : Érotisme au paroxysme

Et s’il ne fallait recommander qu’un seul film érotique? Notre question a provoqué des bouffées d’hésitation chez trois cinéphiles avertis, qui ont finalement tranché non sans exulter un peu…

wlustIchijo Sayuri, Wet lust, de Tatsumi Kumashiro (1972)

La recommandation de Claude R. Blouin

«Il ne saurait y avoir pour moi LE film incontournable du cinéma érotique, car je considère comme film érotique celui qui situe la dimension du désir sexuel dans le contexte des autres aspirations de l’être humain, que ce soit pour en faire une valeur absolue ou au contraire simplement relative. Citons néanmoins Ichijo Sayuri, Wet Lust, dans lequel Kumashiro brosse un portrait (social aussi bien que psychologique) du milieu des stripteaseuses. D’une belle complexité, ce film, qui appartient au genre roman porno, mérite d’être bien connu hors du Japon. D’autant plus qu’il pose la question des limites entre documentaire et fiction, puisqu’il introduit dans le récit fictif la présence de la stripteaseuse Sayuri jouant son propre rôle.»

Claude R. Blouin est critique de cinéma, auteur et enseignant, en plus d’être un spécialiste du cinéma nippon. Il vient de faire paraître en novembre l’essai Le cinéma japonais et la condition humaine.

 

Crédit: Thomas Brothers (1975)
Crédit: Thomas Brothers (1975)

Thundercrack!, de Curt McDowell (1975)

La recommandation d’Antonio Dominguez Leiva

«Ce film culte extrêmement étrange, écrit par une icône du cinéma underground américain (George Kuchar), montre ce qu’un cinéma libre aurait pu être si le sexe à l’écran n’était pas devenu le domaine réservé de l’industrie porno et redevenu un tabou absolu du cinéma diffusé en salle (réaction néoconservatrice oblige). Pour cela, bien qu’il fasse davantage rire ou délirer que stimuler les fantasmes du spectateur, je crois que Thundercrack! incarne l’aspect le plus potentiellement subversif qu’ont pu avoir, le temps d’un mirage, les sexes crevant l’écran.»

Antonio Dominguez Leiva est codirecteur de la revue numérique Pop-en-stock, mais aussi spécialiste de l’histoire culturelle de la cruauté et de l’érotisme. Parmi ses ouvrages sur la question, notons Esthétique de l’éjaculation et L’amour singe.

 

Crédit: New World Pictures
Crédit: New World Pictures

Crimes of Passion, de Ken Russell (1984)

La recommandation d’Izabel Grondin

«Je choisis ce film pour sa polyvalence, sa richesse, son esthétisme incroyable et disjoncté, et la performance inoubliable de Kathleen Turner, sa meilleure à vie. Un film puissant, dérangeant, aux antipodes des Emmanuelle de Bleu Nuit. Surtout un thriller, mais avec une charge érotique très forte pour l’époque. Presque tous les fétichismes y passent: jeux de rôle, simulation de viol, voyeurisme, sexe oral, sadomasochisme, etc. La version originale avait d’ailleurs été largement charcutée; pour voir le film dans son entièreté, il fallait voir la version française. Un film coup-de-poing, dont on ne se remet jamais tout à fait.»

Izabel Grondin est une réalisatrice prolifique de courts métrages (Aspiralux, Fantasme), abonnée des festivals qui célèbrent le cinéma de genre, tels que SPASM et Fantasia. Avec DJ XL5, elle a coréalisé Sexxx. Sexualité et cinéma québécois.