Of the north retiré de la programmation des RVCQ : Un débat à poursuivre
Cinéma

Of the north retiré de la programmation des RVCQ : Un débat à poursuivre

Programmé puis subitement retiré de la grille des Rendez-vous du cinéma québécois, Of the north, de Dominic Gagnon fait encore parler de lui. On en discute avec le directeur du festival, Dominique Dugas et avec Stephen Agluvak Puskas, qui milite pour que ce film ne soit plus projeté.

Dominic Gagnon se retrouve sous le feu nourri des critiques depuis sa première en novembre dernier aux Rencontres internationales du documentaire (RIDM). L’artiste, qui a une démarche de collage et de montage, assemble ici des images de populations inuites dans des scènes peu glorieuses. En novembre, la chanteuse Tanya Tagag a été l’une de celles qui se sont insurgées devant ce film, qui met en scène une culture et un peuple ayant déjà eu son lot d’humiliations.

Aux Rendez-vous du cinéma québécois (RVCQ), le film devait normalement être présenté après une mise en contexte et suivi d’une discussion. Or, à la dernière minute, comme l’explique son directeur Dominique Dugas (notre photo principale), la projection a dû être retirée de la programmation. « Nous voulions dès le départ rassembler des conditions pour projeter ce film dans le cadre de notre festival. Il fallait pouvoir créer un lieu de dialogue et de compréhension. Nous avons contacté certaines personnes issues des communautés inuites et des Premières nations et avons senti un malaise profond. Il était à partir de ce moment impossible de réunir les conditions sine qua non à la projection de Of the North. »

Est-ce un cas de censure? L’intention des RVCQ est louable, après les réactions fortes qu’a suscitées le film. Mais si le dialogue entre le réalisateur et ceux qu’il met en scène est véritablement souhaité, la décision de retirer le film de la programmation peut être vu comme un pas dans la mauvaise direction et a fait sourciller, mercredi matin, bon nombre d’invités à la conférence de presse de dévoilement de la programmation.

«Nous n’avons pas besoin de ce film pour établir ce dialogue », répond Stephen Agluvak Puskas, l’un des militants qui tente de faire en sorte que ce film ne soit plus projeté. Il est derrière une pétition qui amène son lot d’arguments théoriques. « Ce n’est pas un film sur les Inuits qui doit provoquer une discussion. En novembre, les RIDM n’ont invité aucun membre de la communauté pour parler du film. Dominic Gagnon continue à voyager à travers le monde avec son film sans jamais inviter aucun Inuit pour contribuer au discours. »

Qui dit vrai? Le réalisateur affirmait, en marge des RIDM, qu’il aurait « aimé avoir plus de gens de la communauté Inuit présents (ils ont été invités), pour avoir un débat constructif. »

« Ce film renforce les stéréotypes au sujet de gens déjà marginalisés, poursuit Stephen Agluvak Puskas. Il contient des scènes qui sexualisent les femmes inuites à une époque où ces femmes inuites disparaissent et sont assassinées. C’est dangereux et irresponsable. »

Voici déjà un exemple des arguments amenés par ce chercheur de l’université de Concordia, qui rappelle que le film est une succession de représentations grossières qui poursuivent des décennies de préjugés et de mauvaise presse sur la question. « J’entends des gens parler de censure. J’aimerais rappeler que Dominic Gagnon fait lui-même de la censure dans la bande-annonce de son film alors que la voix des Inuits à l’écran est réduite au silence. »

Ainsi, d’un côté il y a une réelle préoccupation éthique quant à la représentation et les façons d’établir un dialogue avec les Inuits. De l’autre côté, il y a un film qui ne sera pas vu. Sur le fond c’est tout de même préoccupant.

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