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Serge Bordeleau, cinéaste anthropologue à Regard
Cinéma

Serge Bordeleau, cinéaste anthropologue à Regard

Regard, le festival international du court métrage au Saguenay, est depuis deux ans le point de départ des documentaires du projet 5 courts (ONF), créés avec beaucoup d’inventivité par des cinéastes de plusieurs régions du Québec. Notre préféré de la sélection de cette année s’intitule Une nuit et observe le microcosme alcoolisé d’une boîte de nuit de Val d’Or. Discussion avec le réalisateur abitibien Serge Bordeleau.

sergebordeleauMusique festive. Jeunes gens souriants, prêts à vivre une soirée d’excès et, qui sait, à rencontrer le partenaire d’une nuit ou celui de toute une vie. C’est ce que filme, en noir et blanc et avec une caméra Bolex (les deux contraintes respectées par tous les réalisateurs des 5 courts de 2016) le réalisateur Serge Bordeleau. Son film tente une sublimation de la vie festive par un noir et blanc aux teintes un peu nostalgiques, mais surtout, il témoigne de la réalité de la boîte de nuit sans porter de jugement, cultivant une ouverture et un multiperspectivisme qui s’avèrent judicieux.

Bordeleau est un anthropologue dans l’âme, qui aime investiguer des milieux de vie, des territoires et des cultures, dans une approche de curiosité et d’empathie. Ses précédents films racontaient les vies d’Algonquins rencontrés dans les environs du parc de la Vérendrye : la réalité autochtone l’intéresse depuis longtemps et il se sent naturellement chez-lui dans ce monde.

« C’est comme ça, dit-il, que je me suis mis à collaborer avec les équipes de Wapikoni, surtout avec Manon Barbeau, Anaïs Barbeau-Lavalette et Mathieu Vachon. C’est un alliage assez naturel. Depuis l’âge de 10 ans, je visite avec un ami de la famille une communauté pas loin de chez moi, et j’ai développé des liens avec ces Algonquins qui vivent d’une manière qui me correspond mieux que la vie urbaine québécoise. Quand j’étudiais en cinéma à Montréal, j’avais beau essayer de faire des films sur la crise existentielle de trentenaires sur le Plateau, je n’y arrivais absolument pas. Mon inspiration, c’est le territoire, je suis un arpenteur des lieux et des humains qui les habitent, pas vraiment un cinéaste de l’intime psychologique et des intérieurs des appartements urbains. Les autochtones vivent des réalités qui me touchent. J’essaie de me situer là où il y a rencontre entre nos deux peuples.»

Également biologiste à ses heures, Bordeleau conjugue depuis toujours cinéma et amour de la nature : c’est d’ailleurs le documentaire de Richard Desjardins, L’erreur boréale, qui lui a fait découvrir sa vocation. Mais alors, que vient-il donc faire dans une boîte de nuit remplie de jeunes adultes en rut? «Je fais la même chose que dans mes films en territoire algonquin!, rigole-t-il. C’est un territoire, une boîte de nuit, avec sa population et ses codes précis d’interaction et de comportement. J’y suis entré en ayant l’intention de faire du cinéma direct, en allant sur le terrain pour observer et documenter, tout simplement. Ça implique quand même de s’impliquer dans l’action un peu, pour entrer en contact avec les gens: je dirais que c’est de l’observation participante. Ensuite, j’ai essayé de distiller ce que j’y ai reçu dans un film morcelé, pour y capter une certaine vérité. »

Jeu de la séduction, culture de l’alcool, essoufflement sur le plancher de danse : tout ça est abordé sans que la caméra soit jugeante. Sans pour autant qu’elle soit complaisante.

Une nuit était présentée en première mondiale lors de la Soirée régionale de Regard, mercredi 16 mars 2016. À suivre dans d’autres festivals au cours de l’année, sans doute.

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