Oscar: Le grand Peterson de la Petite-Bourgogne
Cinéma

Oscar: Le grand Peterson de la Petite-Bourgogne

Marie-Josée St-Pierre pose sa loupe sur Oscar, le garçon du Sud-Ouest de Montréal, l’étoile montante puis le génie musical tristounet.

Son legs musical dépasse les frontières de l’île, ça ne fait aucun doute, mais c’est au Québec que tout a commencé pour le pianiste d’exception, la légende du jazz que le FIJM honore chaque année avec un prix qui porte son nom.

Tout commence dans le Montréal des années 1940, à l’âge d’or des cabarets, des performances en direct à la radio et, hélas, du racisme dépassé. Marie-Josée St-Pierre se permet par ailleurs un clin d’œil à ce sujet dans son court-métrage qu’elle coproduit avec l’ONF. Un moment qui fait amèrement sourire. « Derrière ce qu’on voit dans le film, sur les douze minutes, moi j’ai des heures et des heures de matériel télévisuel et radiophonique. Tout ce qui est à l’intérieur du film a sa raison d’être, tout a été choisi pour faire un espèce d’enchaînement narratif. Black colored boy, c’est comme ça [que les présentateurs] l’appelaient, c’est sûr que c’est extrêmement péjoratif. […] La ségrégation raciale, c’est quelque chose qu’il a vécu. »

Mais c’est sa musique, son jeu quasi sportif qui a marqué les esprits. Ça et son sourire, son charisme. Autant de raisons pour s’intéresser au personnage, nous confie la cinéaste qui, dans une autre vie, était elle aussi pianiste. « Quand il jouait, on sentait vraiment tout l’amour qu’il avait pour l’instrument. […] Puis, en creusant, en travaillant sur lui, je me suis rendu compte qu’il y avait un décalage entre la façade, ce qu’il nous présentait et l’homme qu’il était vraiment. »

Seul au sommet

Avec Oscar, St-Pierre contribue à déboulonner le mythe de la vedette, de ces artistes surdoués qui semblent avoir le monde à leurs pieds. Les applaudissements, même nourris, et les ovations ne font pas le bonheur. Pas à long terme, du moins. « Souvent, ce sont des personnes qui se retrouvent extrêmement seules au bout du compte. Ça n’a rien de rose. Avoir une carrière comme celle d’Oscar Peterson demande beaucoup, beaucoup de sacrifices. »

Dans son cas, ses tournées perpétuelles l’avaient coupé de sa famille, de ses enfants qu’il n’a pu voir grandir, de cette femme qu’il n’a pu chérir et dont il a éventuellement divorcé. « Cet homme-là était adulé devant des centaines de personnes tous les soirs, mais il était complètement seul dans sa chambre d’hôtel après les concerts. Il y avait une profonde dichotomie entre ce qu’il projetait et ce qu’il était, je crois. »

Oscar Peterson (Crédit: © Canadian Broadcasting Corporation)
Oscar Peterson (Crédit: © Canadian Broadcasting Corporation)

Exposer le côté sombre d’un dieu des Grammy (il en a remporté huit) venait avec sa part de défi au rayon des droits d’auteurs. Un labyrinthe administratif dans lequel le documentariste ne s’est pas perdue grâce au précieux coup de pouce de la veuve du principal intéressé. « C’est un monstre du jazz, donc c’est sûr qu’il y a une chasse gardée autour de lui, de son œuvre. Moi, j’ai dû entrer en contact avec sa femme Kelly Peterson qui est en charge de tout ce qui a trait à lui. […] Je lui ai envoyé mes films d’animation, je lui ai dit ce que je voulais faire et j’ai été très, très chanceuse parce qu’elle a beaucoup aimé mon travail précédent.  Elle m’a donné l’autorisation de faire mon film sur son mari et à partir du moment où j’avais une lettre signée de sa main, toutes les portes se sont ouvertes pour moi. Pour les archives, mais aussi pour négocier des tarifs [pour la musique, ce qui coûte des montants astronomiques normalement]. »

Ludiques, les dessins de Brigitte Archambault et Ehsan Gharib s’animent et s’allient aux photographies d’époque, aux extraits audio d’autrefois. Une vision poétique de la réalité, de cette vie qui mérite encore d’être racontée.

Vendredi 23 septembre à 10h au MNBAQ
(Dans le cadre du Festival de cinéma de la Ville de Québec)