Portrait de Regard: François Jaros
Cinéma

Portrait de Regard: François Jaros

François Jaros multiplie les projets en pub, en télé et en cinéma. Nous avons rencontré le réalisateur au Festival Regard ce week-end alors qu’il y présentait son magnifique Oh What a Wonderful Feeling.

La filmographie de François Jaros est composée de courts métrages humoristiques, dramatiques, émouvants, mystérieux. «Chaque fois, c’est des défis pas possibles et un plaisir fou à pousser la façon de raconter une histoire», nous dit-il.

Chaque année ou presque depuis sa révélation avec la docufiction Daytona en 2012, il revient avec un nouveau court métrage qui change de registre. Il avoue aimer se mettre en danger en changeant de ton et d’esthétique. «J’espère ne jamais me répéter parce que sinon c’est ennuyant. Je veux toujours être dans une situation un peu frêle où l’équipe et moi essayons des choses. C’est le fun se mettre dans un genre de vertige et d’embarquer sur un nouveau projet.»

Son plus récent, Oh What a Wonderful Feeling, qu’il a dévoilé en primeur à Cannes en mai et qui débarque ces jours-ci au Saguenay, suit une jeune femme emmenée en pleine nuit à un arrêt routier, où les gros camions grondent entourés de lampadaires. La photographie est superbe et la musique ajoute une tension et un mystère écrasants.

Il y a très peu de dialogues dans Oh What a Wonderful Feeling et dans son montage, le réalisateur a voulu donner l’impression que le spectateur est toujours légèrement à l’extérieur de l’action. Juste un peu off, afin de nous garder en haleine et nous questionner constamment sur qu’on vient de voir. Et même si la trame narrative reste abstraite, le film nous absorbe complètement. «Je suis heureux de sa trajectoire internationale [Cannes, Toronto, Namur, Vancouver, etc.] parce qu’on ne savait trop à qui s’adressait ce film. On le faisait parce qu’on y croyait énormément, mais on n’était pas sûr si les gens participeraient à ça. Finalement la réponse est super bonne. C’est un film qu’on voulait ouvert. On voulait laisser beaucoup de place pour que les gens le comprennent par eux-mêmes. C’est aussi un peu thérapeutique puisque les gens se dévoilent énormément en expliquant ce qu’est le film pour eux. Chacun a vraiment sa version du film.»

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Oh What a Wonderful Feeling

François Jaros nous a expliqué la genèse de ce film intrigant dans ce lieu fascinant: «J’ai fait une série documentaire il y a deux ans où on faisait beaucoup de route: du Yukon au Texas, puis en Nouvelle-Zélande. On se ramassait souvent dans des arrêts routiers la nuit parce que c’est tout ce qu’il y avait. Y’avait toujours des personnages un peu étranges et toujours de la vie dans ces lieux, mais une vie cachée de nuit. Ces endroits sont bétonnés, complètement déshumanisés et y’a ces machines qui sont terrorisantes.»

C’est ce même type de fascination pour un lieu qui a aussi en quelque sorte lancé sa carrière en fiction. Daytona est né d’une visite à Daytona Beach pendant la fameuse relâche printanière «spring break». «Je me suis ramassé là y’a cinq ans par hasard. Ç’a m’a allumé, fasciné, mais en même temps j’étais dégoûté par la chose. Ç’a a titillé quelque chose en moi que je ne comprenais pas et je n’arrivais pas à me l’enlever de la tête. J’ai travaillé avec la scénariste Sarah Pellerin pour commencer un film. On est partis là-bas avec seulement deux comédiens avec des idées très claires et une ligne narrative précise. On a improvisé ces scènes-là avec les comédiens et les gens qui étaient autour. Je faisais le son, la caméra, la direction de production, la totale. Ça fait un film hybride entre fiction et documentaire. Tu ne sais pas si ce qui est présenté est vrai ou faux et le scénario était basé sur ce flou-là.»

Suite à un certain engouement pour ce court métrage, François Jaros a réalisé Toutes des connes (2013) et Maurice (2015). Le premier, qui propose une succession d’étapes émotionnelles que vit un homme après une rupture, est d’un rythme effréné avec ses 95 plans en cinq minutes et le second, filmé en 35mm, est un portrait d’un homme qui prépare sa propre mort, voulant mourir avec dignité.

Outre le cinéma, François Jaros se plaît aussi énormément à travailler en publicité. Ç’a d’ailleurs été ça, son école. «J’aime être touche-à-tout. J’ai commencé en pub y’a très longtemps. Une de mes premières bonne campagnes c’était pour McDonald’s et je l’ai fait à 18 ans. Ç’a évolué depuis et j’en ai fait tellement. Là, ç’a diminué un peu parce que je fais beaucoup de fiction, mais ce que j’aime de la pub c’est qu’on évolue et on se réinvente constamment. On passe de McDo à une campagne sur le cancer du colon. C’est fascinant parce qu’il faut avoir une maîtrise totale afin de pouvoir raconter une histoire en 22 secondes!»

Ce désir de maîtrise de l’image et du récit a toujours été présent chez François Jaros. La réalisation est sa voie depuis qu’il est enfant. «Apparemment, à 3 ans je pointais des cassettes vidéo en voulant dire: c’est ce que je veux faire dans la vie. Je passais mon temps au cinéma quand j’étais jeune. C’était du gavage de films et j’avais une fascination pour ça. Très jeune, j’ai commencé à faire des films avec des amis et après j’ai été technicien sur des plateaux. Y’a jamais eu de grande révélation, le cinéma a toujours été là.»

François Jaros développe actuellement deux projets de longs métrages. Il écrit un scénario conjointement avec le réalisateur Français Stéphane Foenkinos et il travaille aussi sur un projet avec la Coop Vidéo. Sa toute nouvelle série web L’Âge adulte avec Guillaume Lambert est disponible en ligne sur tou.tv et il prépare d’autres courts métrages.

francoisjaros.com