Portrait de Regard : Albéric Aurtenèche, un cinéaste de l'absence au monde
Cinéma

Portrait de Regard : Albéric Aurtenèche, un cinéaste de l’absence au monde

Il a d’abord oeuvré en tant que cinéaste expérimental, une pratique qui lui aura permis de bien explorer la forme. Avec Sigismond sans images, il réussit à allier le fond. Nous nous sommes entretenu avec le réalisateur en plein festival Regard.

Ce qui frappe au premier visionnement de Sigismond sans images, c’est la distance qui s’instaure entre le jeu des comédiens, le décor et la proposition dramatique. Comme si tout cela n’était pas tout à fait réel, comme un décor de carton-pâte dans lequel se retrouveraient des acteurs qui surjouent volontairement.

«Mes influences cinématographiques comme Bresson, Antonioni ou même Alain Robbe-Grillet ont nettement aidé à mettre en place un procédé qui met en scène des personnages désincarnés, explique-t-il. Ces personnages existent plus à travers une réflexion, à travers un regard. Tous mes films sont axés sur la façon dont les personnages vont regarder l’espace dans lequel ils se retrouvent.»

Dans les films d’Aurtenèche, les personnages ont de la difficulté à être au monde, à se faire reconnaître. Ils veulent s’effacer. Les gens et les lieux ne correspondent pas. Dans m’ouvrir, Gabrielle veut apparaître au monde par les blessures qu’elle s’afflige. Dans Sigismond, c’est tout simplement un jeune homme qui n’apparaît nulle part, dans aucune photographie; aucune caméra ne peut le capturer. Il n’a aucun reflet en plus d’être incompris, il est seul.

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Pour trouver le parfait interprète de ce Sigismond, il fallait un acteur avec une corporalité, un visage fascinant et un ton péremptoire. Théodore Pellerin, qui a gagné le prix d’interprétation au plus récent gala Prends ça court!, était ce parfait Narcisse moderne. «C’est Nancy Grant (Métafilms) qui m’a donné des enregistrements de casting de Théodore, nous explique Aurtenèche, en me disant qu’il fallait absolument que je le voie jouer. Quand j’ai vu son jeu, j’ai été complètement retourné. En plus d’avoir accepté très rapidement le scénario et le rôle, il a rapidement calmé mes angoisses sur le plateau en se montrant très confiant.»

Le projet du film trottait dans la tête du réalisateur depuis très longtemps. En plus d’être le prolongement de sa réflexion sur les images, il fait aussi partie d’une plus vaste réflexion autour de la maladie mentale, sujet de son premier long métrage qu’il écrit en ce moment. «Je développe depuis sept ans un projet intitulé La dissociation qui tourne autour du thème de la schizophrénie, poursuit le réalisateur. C’est une histoire inspirée par un cousin qui a été diagnostiqué il y a plus de 15 ans. J’ai donc fait – comme je le fais à chacun de mes films – des recherches exhaustives sur la psychiatrie et sur la maladie mentale. Mon but est de filmer avec le plus de réalisme possible les premiers symptômes de l’apparition de la maladie, du point de vue du personnage.»

En plus de ce long métrage, le réalisateur vient de déposer un nouveau projet de court métrage sur un groupe de femmes s’apprêtant à poser un geste terroriste d’inspiration sataniste, un film «qui doit être tourné rapidement, car il est nécessaire aujourd’hui», rajoute Aurtenèche. On a déjà hâte de voir le résultat.

À voir à Regard samedi soir à 21h au Théâtre Banque Nationale festivalregard.com

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