Twin Peaks : retour du maître Lynch
Cinéma

Twin Peaks : retour du maître Lynch

Grande nouvelle: deux épisodes de la saison 3 de la série Twin Peaks sont dévoilés en avant-première au Festival de Cannes cette année! Vingt-cinq ans après les 30 épisodes de la série culte et un controversé antépisode au cinéma, David Lynch est de retour avec 18 heures de fiction attendues comme le messie. 

«Nous nous reverrons dans 25 ans», lançait Laura Palmer à l’agent Dale Cooper dans l’étrange dernier épisode de Twin Peaks, série réalisée par David Lynch et Mark Frost et qui a laissé son empreinte indélébile sur le paysage télévisuel des années 1990 pour son intransigeance et son esprit libre. Durant deux décennies, l’affirmation a fait fantasmer les fans, en grand nombre déçus par le film Twin Peaks: Fire Walk with Me présenté par Lynch sur la Croisette en 1992 et dont l’intrigue se situe, en fait, avant celle des deux saisons de la série.

Le 21 mai 2017, le rêve deviendra réalité: entièrement réalisée par David Lynch, et tournée comme un long métrage de 18 heures que le cinéaste a divisé en neuf épisodes, la saison 3 réunit la majorité du casting de l’époque (Sheryl Lee, Kyle MacLachlan, Dana Ashbrook, David Duchovny) en plus de nombreux nouveaux venus, dont Laura Dern et Naomi Watts, respectivement croisées dans les chefs-d’œuvre lynchiens Inland Empire et Mulholland Drive.

Voir une série fouler les marches cannoises – aux côtés d’ailleurs de la saison 2 de Top of the Lake, signée par Jane Campion – est une chose toute nouvelle qui témoigne de la richesse cinématographique des séries. De plus en plus de réalisateurs renommés se tournent vers ce format, y trouvant davantage d’espace et de liberté pour déployer leur univers, réinventer le storytelling, ou tout simplement être plus audacieux qu’au cinéma. On pense par exemple à Sense8 des sœurs Wachowski, The Get Down de Baz Luhrmann, Vinyl de Martin Scorcese ou encore The Knick de Steven Soderbergh. Et en la matière, David Lynch et son Twin Peaks étaient des précurseurs.

En effet, la série, très influencée par les codes du soap opera pour ses exagérations mélodramatiques et ses intrigues parallèles, a déployé un univers aussi ludique que bizarre et violent à une époque où aucune autre n’avait encore franchi un tel pas. Avec près d’une trentaine de personnages (des serveuses, un psy, des étudiants, des enquêteurs, etc.), Twin Peaks jongle avec le fantastique et le parodique, l’humour et le cauchemar. Débutant avec le meurtre de la belle et populaire Laura Palmer, jeune adolescente apparemment sans histoire et appréciée de tous, la série n’a en outre jamais rien sacrifié du monde tordu et très sexuel de David Lynch. Un monde bâti sur la figure du double, une dichotomie innocence/perversion et un surréalisme macabre, qui n’a de cesse de dévoiler ce qui se cache sous la surface des choses: les significations des rêves, les pulsions inconscientes, les forces obscures de la Nature.

Ainsi, Twin Peaks, sous ses accents comiques et burlesques, dissimule un cœur sombre et brutal où s’entremêlent tous les tabous de la société américaine – viols, prostitution, meurtres, abus de drogues. Le suspense du whodunit – soit l’enquête policière sur le mode du «qui l’a fait?» – repose sur la révélation du meurtrier de Laura, et s’y révèle par fragments et contradictions, à l’image d’une héroïne défunte que Lynch qualifie lui-même de «radieuse en surface, mourante à l’intérieur». Il demeure d’ailleurs chez la blonde des traces de la tourmentée Marilyn Monroe, sur qui Lynch et Frost souhaitaient au départ réaliser un film, avant que le projet soit avorté et devienne Twin Peaks.

En 1992, en réalisant un antépisode à la série, Lynch va encore plus loin et montre ce que la série ne dévoilait jamais: les derniers jours de Laura Palmer. D’une tristesse furieuse, le film crache aux spectateurs les angoisses existentielles typiquement lynchiennes d’une sacrifiée. La descente aux enfers de figures innocentes, hantées par leurs obsessions et cauchemars, est d’ailleurs un motif du cinéma de Lynch, d’Eraserhead à Mulholland Drive, en passant par Blue Velvet et Lost Highway.

Chez lui, il y a toujours plusieurs mondes qui existent simultanément, et qui se superposent: le rêve et le cauchemar, le beau et le monstrueux, le fantasme et sa réalisation. Entre les deux, il y a celui de Twin Peaks, dont l’état double est signifié jusque dans le titre, et qui se délecte à perdre le spectateur dans ses dédales cocasses et ténébreux. Interpréter Twin Peaks, c’est comme essayer d’interpréter un rêve: peut-on vraiment en épuiser tous les arcanes?

Dès le 21 mai sur la chaîne Showtime

Le Cinéma du Parc propose Twin Peaks: Fire Walk with Me
Du 19 au 21 mai

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